La France perd-elle la face ?

La France perd-elle la face ?

L'ancien premier ministre français Jean-Pierre Raffarin et le premier ministre chinois Wen Jiabao
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Devant l’ampleur des manifestations anti-françaises provoquées par le passage houleux de la flamme à Paris, le gouvernement français entend calmer le jeu et a dépêché trois émissaires pour tenter d’apaiser le courroux chinois. Une mission délicate à l’heure où Paris vient de faire "citoyen d’honneur" le dalai-lama. Un mission perçue également par certains comme "un aveu de faiblesse"..

Christian Poncelet, Jean-Pierre Raffarin, Jean-David Levitte : Paris a envoyé trois émissaires de choc chargés de messages bienveillants et de cadeaux symboliques pour Pékin.

"Je crois - c'est une opinion personnelle - que le président Hu Jintao a la volonté de maintenir cette amitié", a estimé le président du Sénat Christian Poncelet cité par l’AFP à l'issue d'une rencontre avec le chef de l'Etat chinois Hu Jintao. La question de la reprise du dialogue avec le dalaï lama, a été abordée lors cet entretien de près d'une heure, auquel a aussi assisté l'ancien Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin.
M. Poncelet a estimé que la Chine était "disposée" à reprendre le dialogue avec le dalai-lama, dialogue appel plusieurs fois par Paris depuis les émeutes de la mi-mars. "Hu Jintao a fait savoir que le dialogue existait et je l'ai trouvé disposé à le reprendre", a dit le sénateur à l'AFP, en rappelant que la France "dans le cadre du partenariat stratégique" était prête à apporter sa contribution.
Le numéro un chinois a toutefois maintenu les conditions que la Chine pose à la réouverture de discussions avec le prix Nobel de la paix: "la condition qu'il a laissée apparaître c'est que les exigences présentées par le dalaï lama soient modifiées", a affirmé M. Poncelet , sans expliciter. Le président du Sénat a également remis à M. Hu "un message personnel" du président Sarkozy, "faisant référence à ce dialogue", ajoutant qu'il ne l'avait pas lu.
Arrivé dimanche soir, Christian Poncelet a déja remis en mais propre lundi une lettre du chef de l'Etat français à l'athlète handicapée Jin Jing, à Shanghaï, devenue la nouvelle héroïne pour avoir protégé la flamme olympique à paris le 7 avril.

Jean-Pierre Raffarin arrivé jeudi matin était également porteur d'une lettre du président Sarkozy, ainsi que d'un courrier de Jacques Chirac. L’ancien premier ministre a quant à lui était reçu par le chef du gouvernement Wen Jiabao qui s'est félicité, jeudi à Pékin, des récents propos de l'ancien Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin sur son soutien aux jeux Olympiques. Ce week-end, c’est au tour de Jean-David Levitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy de porter un nouveau message aux autorités chinoises. Il devrait rencontrer son homologue chinois Dai Binguo.

Pendant ce temps là, la Chine distribue les bons et mauvais points : Bon point pour les lettres d’excuses mais mauvais point pour la distinction accordée au dalai-lama.

Un aveu de faiblesse?
Côté français on s'interroge sur cette hasardeuse initiative diplomatique."La tradition chinoise interprète l'envoi d'une ambassade comme la reconnaissance d'une relation de vassalité", assure Jean-Vincent Brisset, spécialiste de la Chine à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) cité par l'AFP. "C'est un acte de soumission et il sera pris comme tel[/i]".

Pour Dominique Moïsi, de l'Institut français de relations internationales (IFRI) cité par l’AFP, "la politique française subit une défaite symbolique". "La France a voulu se mettre en avant comme pays des droits de l'Homme et elle tend maintenant la main pour qu'on lui donne un petit coup de règle". Il est clair à ses yeux qu'"elle se retrouve dans une position de faiblesse".

Quand la France joue en solo
Pour les experts, la France avec l’envoi de ses émissaires rate une occasion de jouer la carte européenne à l’heure même où le président de la Commission José Manuel Barroso est en Chine. Cela décrédibilise la France, en tant que présidente de l'Union, pour avoir une action commune", dit Jean-Vincent Brisset. Alors que, selon lui, "les Chinois n'ont peur que d'une chose: d'une Europe unie et dure avec eux".