La Chine a t-elle lâché l'Iran ?
Le mercredi 9 juin 2010, l'ONU a voté un quatrième train de sanctions financières et militaires à l'égard de l'Iran, accusé d'avoir un programme nucléaire à des fins militaires. La Chine, allié et partenaire de l'Iran, n'a pas fait usage de son droit de véto, conformément à la tendance qui se dessinait depuis avril. Ce revirement de position va t-il avoir une incidence sur la relation entre Pékin et Téhéran ? Où se trouvent les priorités stratégiques de la Chine ?
La relation Chine-Iran
Plus qu'un réel partenaire stratégique, l'Iran est principalement un partenaire commercial et fournisseur de matière première pour la Chine. Cette dernière importe massivement du pétrole iranien, ce qui en fait le principal partenaire économique de Téhéran.
En retour, la Chine se montre donc assez conciliante sur les sujets sensibles quand le reste de la communauté internationale veut sévir...
Pourquoi la Chine a t-elle cédé ?
Plusieurs facteurs semblent s'être conjugués pour expliquer le retour dans le rang chinois. L'un des principaux concerne les conceptions des dirigeants chinois. Depuis l'arrivée du duo Hu Jintao/Wen Jiabao, les plus jeunes dirigeants chinois semblent aspirer à un positionnement chinois plus proche des pays dits démocratiques et occidentaux. En clair, ils veulent une Chine totalement respectable...
Cette aspiration peut s'expliquer par une prise de conscience : si le reste du monde a besoin de la Chine -comme l'a montré la crise économique mondiale- la Chine a tout autant besoin du reste du monde. De ce fait, elle doit écouter les revendications des autres puissances.
Une autre raison importante, et plus concrète, explique la concession chinoise devant le Conseil de l'ONU : l'utilisation du droit de véto doit être parcimonieuse. En user pour éviter que Téhéran ne soit sanctionner semblait désormais vain, Pékin a donc souhaité ne pas "gaspiller" une cartouche, ni se marginaliser inutilement.
Qui a influencé Pékin ?
Il semblerait que deux pays aient particulièrement influencé Pékin à accepter les sanctions contre l'Iran : les Ėtats-Unis et Israël.
Depuis plusieurs mois, Washington semble avoir de plus importants moyens de pression envers la Chine, qui a réagi très faiblement aux ventes d'armes à Taïwan et à la rencontre entre Barack Obama et le Dalaï-lama.
De son côté, Israël aurait mis en garde la Chine sur les conséquences pour ses approvisionnements en pétrole d'une frappe en Iran : ce sont les installations pétrolières, plus que nucléaires, qui auraient été attaquées afin de fragiliser Téhéran. Quand on sait que Pékin et Tel-Aviv sont des partenaires militaires importants, on peut imaginer que la Chine ait pris au sérieux un éventuel avertissement israélien.
L'Iran en veut-il à la Chine ?
Certains représentants iraniens ont officiellement pointé du doigt la Chine, en mettant en cause son manque de fermeté pour soutenir l'Iran. Dans les faits, la situation est beaucoup moins sensible.
La résolution de l'ONU ne porte pas atteinte aux intérêts vitaux de l'Iran, qui devrait d'ailleurs poursuivre son programme nucléaire. Il y a visiblement eu un échange de bons procédés dans les coulisses de l'ONU, les menaces qui ont pu fuser n'étant qu'une partie intégrante et habituelle des négociations à ce niveau.

