La Chine blessée affiche sa colère après la rencontre entre Obama et le dalai lama
Pékin affiche son fort mécontentement au lendemain de la rencontre entre le président américain et le chef spirituel tibétain à la Maison Blanche. L’ambassadeur des États-Unis en Chine a été convoqué. La presse chinoise dénonce que Barack Obama ne se conforme pas à ses promesses faites il y a trois mois lors de sa visite dans l’Empire du Milieu.
Barack Obama a bien rencontré le dalai lama ce jeudi à Washington. Une rencontre de 70 minutes que Washington tente de minimiser vis-à-vis de la Chine. En effet, le président Obama ne s’est pas montré en public aux côtés du lama et a refusé d’énoncer une déclaration conjointe.
Mais pour la Chine le mal est fait.
Sur le plan officiel, le vice-ministre chinois des affaires étrangères Vui Tiankai a convoqué l’ambassadeur américain en poste à Pékin pour obtenir des explications.
"La décision américaine est grossièrement intervenue dans les affaires intérieures chinoises, a blessé le sentiment du peuple chinois et a gravement nui aux relations sino-américaines", a déclaré Ma Zhaoxu, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, dans un communiqué rendu public vendredi.
Malgré les protestations répétées de la Chine, le président américain Barack Obama et la secrétaire d'État Hillary Clinton ont chacun reçu le dalaï lama jeudi à Washington.
"Le Tibet est une partie inaliénable du territoire chinois, et les questions concernant le Tibet relèvent purement des affaires intérieures de la Chine", a indiqué Ma Zhaoxu.
Une position chinoise dont les médias de l’Empire du Milieu, soumis directement au gouvernement, se font l’écho. L’agence Chine Nouvelle accuse le président américain ne pas tenir ses promesses faites lors de sa visite en Chine en novembre 2009. Elle l’accuse également de violer “les normes gouvernant les relations internationales et allant à l'encontre des trois communiqués conjoints sino-américains et de la déclaration conjointe sino-américaine” écrit Chine Nouvelle.
De même, le langage de la presse chinoise à l’encontre du chef spirituel du bouddhisme tibétain est toujours agressif. Les médias accusent le bonze de n’avoir "jamais cessé de mener des activités visant à diviser la Chine et à saboter la stabilité sociale du Tibet”.
Pourtant une différence notable se remarque dans la presse chinoise, du moins celle destinée au public international. En effet, la presse chinoise ne fait plus que répéter unilatéralement les discours officiels du gouvernement, mais s'appuie désormais sur des experts étrangers pour comprendre les actions de Washington et éclairer davantage la question tibétaine.
Chine Nouvelle publie notamment des extrait qui explique que les actions d’Obama doivent aussi être interprétées dans un contexte interne à la politique américaine. Et l’agence de presse chinoise de citer le magazine japonais Choice, qui explique qu’Obama joue la carte du Tibet pour détourner l’attention des difficultés auxquelles son administration doit faire face au niveaux intérieure et extérieur, tout comme le contexte électoral des élections de mi-mandat est à prendre en compte.
Pour Ted Carpenter, vice-président chargé des études de défense et de politique étrangère au sein du Cato Institute, Obama M. Obama est soumis à "une pression considérable des circonscriptions politiques dans son pays". Il se doit de tenir et de conquérir des circonscriptions électorales aux mains des Démocrates ou des Républicains avant novembre. "Cette rencontre est une manière de gagner des soutiens dans ces circonscriptions" qui "soutiennent le dalaï lama et n'apprécient pas beaucoup la Chine".
Les visites du dalaï lama en Occident semblent conçues “pour générer une pression diplomatique internationale pour, au moins, une autonomie politique du Tibet supérieure à celle actuelle, ou même une indépendance totale du Tibet vis-à-vis de la Chine", ajoute Ted Carpenter.
Pierre Picquart, expert de la Chine à de l'Université de Paris, estime que les Occidentaux sont parfois fascinés par la "religion" et la "liberté" que prêche le dalaï lama, et qu'ils admettent sans vérifier les véritables intentions cachées derrière. Et c’est, emportés par une volonté de plaire à leur public que les dirigeants occidentaux prennent la décision de rencontrer le dalaï lama, précise Picquart.
La communauté internationale devient plus sceptique vis-à-vis des intentions politiques du dalaï lama, et que davantage d'Occidentaux apprennent davantage de vérité sur les questions liées au Tibet, confie de son côté Ingo Nentwig, ethnologue allemand qui a réalisé des études au Tibet.
La rencontre ayant eu lieu, il reste à voir si la Chine appliquera des sanctions à l’encontre des États-Unis comme cela avait été le cas en 2008 suite à la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le dalaï lama. Pékin appelle dors et déjà le président américain à réaliser des actions concrètes allant dans le sens des lignes directrices énoncées dans la Déclaration commune de Pékin afin de relancer la partenariat sino-américain.
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