Inde-Chine : rivaux à intérêts communs
Depuis un affrontement armé en 1962, l'Inde et la Chine traînent un contentieux frontalier jamais réglé. Ces dernières semaines, les tensions se sont exacerbées entre New Delhi et Pékin. Mais les intérêts communs entre les deux puissances devraient suffire à faire oublier, au moins pour le moment, tous les désaccords.
Le sujet sensible de l'Arunachal Pradesh
Principale source des tensions récentes : la visite du Premier ministre indien Manmohan Singh dans l'Etat de l'Arunachal Pradesh, au nord-est de l'Inde. Quel est le problème pour les autorités chinoises ? Celui de considérer une grande proportion de ce territoire comme partie intégrante du Tibet, et donc de la Chine.
A donc eu lieu, mi-octobre par voix de portes paroles interposés, un dialogue de sourds entre Pékin et New Delhi. Ma Zhaoxu a ainsi exigé de "la partie indienne de tenir compte des sérieuses préoccupations chinoises et de ne pas provoquer de troubles afin de permettre un développement sain des relations" entre les deux géants asiatiques.
Vishnu Prakash, côté indien, se contenta de répliquer que l'Arunachal Pradesh était une partie inaliénable de l'Inde. Le pays de Gandhi a même dénoncé, le 14 octobre, l'activité de Pékin dans le Cachemire pakistanais, suite à un accord signé avec Islamabad pour la construction d'un barrage.
La visite du Dalaï-lama irrite Pékin
Problème là encore, le territoire en cause est sujet d'une dispute entre l'Inde et le Pakistan... A côté de cela, les autorités indiennes se sont plaintes récemment d'incursions de soldats chinois sur leur sol et de violations de leur espace aérien.
La relation sino-indienne a même semblé s'enfoncer un peu plus dans la crise lorsque la Chine s'est opposée vivement à la visite annoncée, et confirmée par son entourage il y a moins d'une semaine, du Dalaï-lama dans l'Etat de l'Arunachal Pradesh le 8 novembre prochain.
Inutile de rappeler que ce dernier, exilé à Dharamsala, est présenté par le gouvernement chinois comme un séparatiste. Le voir effectuer une visite officielle dans un territoire que la Chine revendique, mais n'administre pas dans les faits, représente le comble de l'outrage diplomatique...
Peut-on alors craindre une escalade de provocations jusqu'à atteindre un point de non retour, voire plus dramatique, un conflit armée entre deux des plus gros potentiels de croissance au monde ?
Cause commune pour le Sommet de Copenhague
Sûrement pas à court et moyen termes, car au final, ces divergences d'ordre géopolitique n'apparaissent pas en mesure de nuire aux intérêts économiques et environnementaux qui lient les deux grandes puissances émergentes. Ces derniers pourraient même permettre une détente significative.
D'une part, Pékin et New Delhi sont deux importants partenaires commerciaux, et leur développement passe par leur bonne entente. D'autre part, en dépit d'une vraie rivalité -malgré le retard certain de l'Inde- pour le leadership en Asie, les deux géants partagent trop d'intérêts communs pour pouvoir réellement se brouiller.
Cela s'est traduit notamment le mercredi 21 octobre 2009 -en plein coeur de la tourmente diplomatique liée à l'Arunachal Pradesh- avec la signature d'un accord de coopération portant sur cinq ans pour échanger des informations dans le domaine du changement climatique.
A l'approche du Sommet de Copenhague (7-18 décembre), les deux pays font ainsi officiellement cause commune -sous la bannière des pays en développement- contre les pays développés occidentaux, qui souhaitent leur imposer des plafonds d'émissions de gaz à effet de serre.
Réduire progressivement le contentieux frontalier
Et dans ce contexte, le vocabulaire utilisé par les représentants des deux pays prend un ton bien plus chaleureux que lorsqu'il s'agit d'évoquer le contentieux frontalier : "Nous considérons l'Inde comme un ami sincère et dévoué et le protocole d'accord sur le changement climatique va faire progresser notre coopération dans ce domaine" indiquait ainsi le ministre de la Commission chinoise des réformes et du développement, Xie Zhenhu, en marge de la signature de l'accord sino-indien à New Delhi.
Des paroles conciliantes auxquelles l'Inde répondait avec tout autant de bienveillance par le biais de son ministre de l'Environnement, Jairam Ramesh : "Il n'y a pas de différence entre la position chinoise et celle de l'Inde sur le changement climatique (...) Cette position commune protège et défend les intérêts des pays en voie de développement".
L'Inde et la Chine semblent donc privilégier la voie de l'entente à celle du conflit. Ainsi, le 24 octobre à Hua Hin (Thaïlande), en marge du sommet de l'ASEAN, les premiers ministres des deux pays, Wen Jiabao et Manmohan Singh, ont officiellement convenu de poursuivre le dialogue pour réduire progressivement puis supprimer leur contentieux frontalier. Ceux qui attendent un choc des Titans entre le Dragon et l'Eléphant peuvent encore attendre.

