Géorgie: la Chine prend ses distances par rapport à son grand frère russe

Géorgie: la Chine prend ses distances par rapport à son grand frère russe

Le président chinois, Hu Jintao, et son homologue russe, Dimitri Medvedev, dans la capitale tadjike, Douchanbe
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Réunie à Douchanbé au Tadjikistan, l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui regroupe la Chine, la Russiee et les ex-républiques soviétiques d'Asie centrale, n'a pas apporté son soutien à l'action de Moscou dans le conflit en Géorgie. La Chine traditionnellement proche de la Russie sur le front de la politique étrangère, semble prendre ses distances par rapport au Kremlin et s'est même déclarée "préoccupée" au lendemain de la reconnaissance russe des indépendances de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud.

La Chine et la Russie: entre convergences et méfiance
La Chine et la Russie: entre convergences et méfiance

Les explications de Jean-Pierre Cabestan, professeur et directeur du département des sciences politiques et d'études internationales de l'Université baptiste de Hong-Kong. Il vient de publier "La Chine et la Russie: Entre convergences et méfiance" aux éditions Unicomm.

Comment expliquez que les proches alliés de la Russie ne lui apportent pas un soutien clair?
Avec cette affaire georgienne, la Russie s'est isolée par rapport à ses alliés et ce pour principalement deux raisons. Les pays d'Asice centrale ont des frontières récentes, ils abritent une population russe importante (notamment aux Kazakhstan) et sont eux-mêmes confrontés à des mouvements séparatistes qu'ils redouteraient d'encourger en reconnaissant l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie. La Chine, quant à elle, membre actif de l'OCS, voit d'un très mauvais oeil tout ce qui pourrait alimenter les causes sécessionnistes au Xinjiang ou au Tibet. La position de l'OCS est cohérente et s'inscrit dans la ligne de l'opposition à l'indépendance du Kosovo.

Est-ce que ce refus de soutien clair de la part de l'OCS, montre que la Chine pourrait pas tirer son épingle du jeu en renfonçant son influence auprès des pays de l'Asie centrale au détriment de la Russie?
Chine et Russie se livrent une concurrence feutrée en Asie centrale. La Chine est de plus en plus influente en Asie centrale au niveau commercial et énergétique mais la Russie conserve néanmoins un ascendant traditionnel sur ces pays et entretient le mythe du péril chinois. La domination économique chinoise pourrait desservir certains pays d'Asie centrale ce qui les inciterait à s'ouvrir davantage à d'autres pays.

Avec ce conflit en Georgie, est-ce que la Chine ne va pas se rapprocher des puissances occidentales?
Depuis la declaration d'independance de l'Abkhazie, la Chine est sur la même longueur d'onde que les Occidentaux. Mais la Chine est cependant plutôt opposée à l'intégration de l'Ukraine ou de la Georgie de l'Otan même si elle se montre plutôt discrète à ce sujet. Au, Caucase, la Chine a finalement peu d'influence et souhaite une forme d'équilibre des puissances plus qu'une extension de l'OTAN dans la région. Elle veut éviter à tout prix l'escalade et une nouvelle froide qui l'obligerait à prendre parti.

Est-ce que cette crise va marquer un tournant pour l'Organisation de coopération de Shanghai?
Il ne faut pas donner à l'OCS plus d'importance qu'elle n'en a réellement. Créée en 2001, l'Organisation de coopération de Shanghai (Chine, Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Russie) avait pour principale mission d'assurer la paix trasnfrontalière, la sécurité et de lutter contre le terrorisme. L'organisation avait également un but politique: montrer qu'une organisation est possible sans les puissances occidentales. Autre objectif également de la Russie et la Le départ des troupes américaine d'Ouzbekistan le 30 juillet 2005 avait été perçu comme une victoire pour l'OCS. Mais les choses évoluent, la Russie aujourd'hui est plus impérialiste, moins liée à l'OCS. La Chine de son côté opère davantage sur le plan bilatéral et peu à travers l'organisation. Cela reste donc essentiellement un forum de discussion.

Propos recueillis par Marion Zipfel