Dossier nord-coréen: la diplomatie chinoise encore à l'épreuve

Dossier nord-coréen: la diplomatie chinoise encore à l'épreuve

Nouveau coup de théatre nord-coréen
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Nouveau coup de théatre dans le dossier nord-coréen: la semaine dernière, Pyongyang a annoncé qu'elle cessait le démantèlement de son complexe nucléaire du Yongbon,accusant les Etats-Unis ne ne pas avoir l'avoir encore retiré de sa liste des Etats soutenant le terrorisme. A Pékin, ce week-end, les Etats-Unis, la Corée du Sud, le Japon et la Chine se sont réunis, en l'absence de la Corée du Nord, pour tenter une nouvelle fois de remettre Pyongyang sur la voie du désarmement. Pékin a t-elle encore les moyens de faire plier son voisin nord-coréen?

Avec Pierre Rigoulot,Directeur de l'Institut d'histoire sociale et de la revue Histoire et Liberté. Il est l'auteur de "Corée du Nord, Etat-voyou" publié chez Buchet-Chastel en 2003.

Pékin est-il en train de perdre de l'influence dans le dossier nord-coréen?
Je ne crois pas. Il me semble que la Chine garde le pouvoir d'influencer la Corée du Nord. Il y a des résistances mais globalement Pékin a toute possibilité pour faire plier la Corée du Nord. Le problème est de savoir si la Chine a un intérêt stratégique à ce que la Corée du Nord s'effondre. Faire céder la Corée du Nord sur le fonctionnement de son économie, ou sur la construction d'un armement nucléaire peut avoir des conséquences intérieures sérieuses et menacer finalement à terme le régime.

Comment interpréter cette annonce de Pyongyang de reprendre ses activités nucléaires qui est intervenue la veille de la visite en Corée du Sud du président chinois Hu Jintao?
Le fait que la chine ait du poids sur son petit voisin nord-coréen ne veut pas dire que les choses se passent toujours très bien. Justement, il faut relier cette visite du président chinois en Corée du Sud à l'annonce par la Corée du Nord de son refus d'aller plus loin dans le démantèlement de son arsenal nucléaire. Ils (les coréens du nord) l'ont fait vingt-quatre heures avant cette visite de Hu Jintao à Séoul.

Finalement, la Corée du Nord maîtrise l'agenda et sait faire des coups politiques?
ce n'est pas la première fois qu'on apprend que la paix est pour demain ou que tout s'effondre comme un château de cartes. Je rappelle qu'en octobre 2007, toute la presse occidentale et française en particulier, s'était réjouie de l'annonce que les deux Corée allaient marcher vers la réunification, marcher vers un traité de paix et marcher évidemment vers la dénucléarisation.

Les négociations sont-elles vraiment à un moment critique et quelle est la sortie de crise possible?
il y a tellement eu de crises puis de sorties de crise, que je dirais, comme d'habitude on va renégocier, reproposer à Pyongyang des avantages économiques, des dons en céréales et matières énergétiques. Comme vous le savez, il y a à Séoul aujourd'hui un gouvernement de centre droit qui a adopté une position plus ferme à l'égard de Pyongyang. Cela dit, il y a une incitation à la négociation mais cela ne se fera pas tout de suite. Il faut noter également qu'il y a un mécontentement à Pyongyang de voir la Chine signer avec la Corée du Sud un partenariat qui n'est pas seulement économique mais stratégique. On a l'impression que Pékin est en train de privilégier ses rapports avec la Corée du Sud. Evidemment, cela ne fait pas plaisir à la Corée du Nord. Mais c'est (ce partenariat avec la Corée du Sud) très important pour Pékin car l'économie sud-coréenne est, malgré un léger ralentissement, en bonne forme et que le commerce entre les deux pays est en développement. Je signale également que la Corée du Sud est excédentaire vis-à-vis de la Chine. C'est un des rares pays qui vend plus qu'elle n'achète à la Chine. Les Chinois ont envie de continuer à avoir de la technologie avancée, car encore une fois, la Corée du Sud est un pays moderne. Ils (les Chinois) ont envie de continuer, de continuer dans le calme et de privilégier ces rapports-là à ceux qu'ils pourraient avoir avec un voisin compliqué (la Corée du Nord).

Cette annonce de la reprise des activités nucléaires est-elle destinée à Pékin avant tout?
Oui, même si en apparence elle est adressée à Washington. Pyongyang a reproché à Washington de ne pas l'avoir retiré de la liste des états terroristes. En fait, je crois que c'est aussi du côté de la Chine que Pyongyang regardait mais aussi du côté de Washington mais pour une autre raison. Vous voyez, c'est compliqué. Le vrai problème, c'est celui de la vérification. C'est bien joli de dire "on va démanteler" qu'on le traduise par "to disable" ou mettre dans l'incapacité de fonctionner ou par "to dismantle" autrement dit démanteler. Cela fait l'objet négociations interminables entre les américains et les nord coréens. Les nord-coréens sont très réticents à ce qu'il y aient des vérifications par des inspecteurs sur leur sol. Mais naturellement avec un client pareil, la diplomatie occidentale, et plus particulièrement américaine, ne peut pas se permettre de les croire sur paroles.

Selon vous, côté américain,est-ce que tant que l'administration ne sera pas renouvelée, ce sera le statu quoi avec Pyongyang?
Ce qui est curieux c'est que c'est l'administration Bush qui s'est renouvelée. On a vu une position extrêmement dure vis-à vis de la Corée du Nord lors du premier mandat de Bush, qui reprochait à l'administration Clinton d'avoir été un peu naïve et de ne pas avoir insisté sur les vérifications. Ces derniers temps, au contraire, on avait l'impression que l'administration Bush revenait sur les positions de l'administration Clinton. Par exemple, les nord-coréens se sont engagés à mettre carte sur table en décembre 2007. On a largement dépassé cette date et pourtant les américains n'en n'ont pas fait un cas, disant que ce qui compte c'est de réussir et que le moment n'est pas si important. Ce qui fait qu'une partie des néo-conservateurs ne sont pas contents avec Bush sur ce dossier nord-coréen.