Demandez à Pete : La vision du Xinjiang depuis Pékin

Demandez à Pete : La vision du Xinjiang depuis Pékin

La ville d'Urumqi a été le théâtre de violentes émeutes ce dimanche 5 juillet
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Le 5 juillet dernier, des émeutes ont éclaté dans la Région Autonome du Xinjiang. Selon le bilan officiel, 184 personnes auraient perdu la vie au cours des événements de la semaine dernières à Urumqi, la capitale de cette région. Cette semaine, notre correspondant auprès de Radio Chine Internationale, Pete Keveos, nous présente la vision de ces événements au Xinjiang depuis Pékin.

R86: Quelles sont les problèmes à l'origine de la situation à Urumqi?

Cela a commencé il y a environ une semaine lors d'une manifestation pacifique. Elle réclamait une enquête de police sur la mort de deux ouvriers ouïghours lors d'un affrontement entre ouvriers ouïghours et Hans dans une usine dans la province du Guangdong. C'est comme ça que ça a commencé. Trois mille manifestants ont ensuite entamé des actions violentes lorsque les policiers ont voulu disperser les manifestants.

Je dois aussi mentionner qu'il y a depuis longtemps des problèmes entre Hans et Ouïghours dans le Xinjiang. Il y a environ 20 millions de personnes dans la région Autonome du Xinjiang. Les Ouïghours, dont la plupart sont musulmans, représentent environ 40% de la population. Auparavant la proportion de Ouïghours dans cette région était de 90%. Depuis la fin des années cinquante, les Hans chinois ont commencé à s'implanter dans la région. Une grande partie du ressentiment des Ouïghours à l'égard des Hans est dû au fait que nombre de Ouïghours pensent que les Hans se voient attribués les meilleurs emplois. Et avec les manifestations suite à la mort de deux ouvriers ouïghours, tout le ressentiment à l'égard des Hans a resurgi et a provoqué une escalade vers la violence.

Qu'est ce qui a causé le déclenchement des violences?

Cela a commencé quand les policiers ont fait mouvement et ont tenté de disperser la manifestation. C'est à ce moment que ça a dégénéré. Après cela, on dit que des Ouïghours ont attaqué des Hans. Il y a des rumeurs que ces actes ont été perpétrés avec des couteaux et d'autres armes. La plupart des morts viennent ces attaques. Par après, des Hans ont voulu obtenir vengeance. Ils ont circulé dans les rues et attaqué des Ouïghours.

Comment ces événements ont-ils été rapportés dans la presse chinoise? Comment ont réagi les médias?

Il y a eu différentes réactions. Il ne faut pas oublier que les médias chinois sont dirigés par le gouvernement et ils ont principalement accusé les groupes séparatistes à l'extérieur de la Chine d'être responsables des violences. L'organisation qu'ils ont le plus mis en avant est le Congrès mondial Ouïghour et sa responsable Rebiya Kadeer qui vit en exil aux États-Unis après avoir été incarcérée ici en Chine. Voilà comment cela a été présenté, que le problème est extérieur au pays, et non un désaccord entre Chinois Hans et Chinois Ouïghours.

Quel est le sentiment des Pékinois à propos de ces émeutes à Urumqi? Quelle a été leur réaction?

Si vous étiez un Han ou un Ouïghour, vous comprendriez certainement mieux la situation. La plupart de mes collègues ne le sont pas. Mais certains qui sont Hans ou Ouïghours prêtent beaucoup plus d'attention. Il semblerait que si cela ne vous concerne pas directement alors ce n'est pas important. Je ne minimise pas ce qui se passe. Mais il semble que s'ils ne sont pas déjà familiarisés avec la situation, alors ils ne sont même pas conscients qu'il y a un problème. C'est comme si quelque chose se passe à Montréal ou à Toronto, ça ne signifie pas pour autant que cela m'affecte à Vancouver. La Chine est un grand pays. Si quelque chose se passe dans le Xinjiang cela n'affecte pas nécessairement ce qui se passe à Pékin. Évidement, il y a tout de même une légère influence car Pékin est la capitale, mais la plupart des gens "ordinaires" observent simplement ce qui se passe sans pour autant prendre position de qui a tort et qui a raison.

Certains analystes soutiennent que beaucoup de monde dans les grandes villes chinoises ne savent pas grand chose du conflit à Urumqi, cela est-il vrai?

Il y a un peu de vrai. L'économie du Xinjiang se base principalement sur l'agriculture, à l'inverse de Pékin ou de Shanghai où l'économie se fonde plus sur le monde des affaires et du commerce. Dès lors, les classes sociales des habitants du Xinjiang ou des grandes villes sont très différentes, voire totalement déconnectées. J'ai donc pu voir, ici à Pékin, que nous n'étions pas totalement au courant de ce qui se passait là-bas.

Des médias occidentaux affirment que le gouvernement chinois est plus ouvert vis-à-vis de la situation à Urumqi car ils ont appris les leçons des émeutes de Lhassa en mars 2008. êtes-vous d'accord avec cette affirmation?

Je suis d'accord en partie avec cela. Mais je dois aussi dire que je ne peux pas accéder à mon site Facebook ou Twitter. Tous ces sites sociaux sont bloqués. Les gens discutent de ce qui se passe. Je ne suis donc pas totalement d'accord car si le gouvernement était plus ouvert et laissait les gens débattre de leurs opinions, ces comptes internet devraient être accessibles, ce qui n'est pas le cas.

Les musulmans sont une minorité importante en Chine, combien sont-ils? Se battent-ils pour leurs droits religieux?

Je ne pense pas qu'ils en ont besoin. Je sais qu'au Xinjiang, l'islam est la religion prédominante. 40% des habitants sont musulmans. Tout comme dans le reste du pays, je pense qu'il y a aussi un groupe important de musulmans à Xi'an, même si c'est en minorité. Je n'ai jamais vu qu'ils devaient se battre pour leurs droits religieux, mis à part ce qu'on entend dire au Xinjiang.

Interview réalisée par Ville Siltala