Comment la France doit-elle accueillir le dalaï-lama?

Comment la France doit-elle accueillir le dalaï-lama?

Bernard Kouchner rejette le chantage économique chinois
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Depuis la crise de Lhassa au mois de mars, la diplomatie française ne sait plus sur quel pied danser. Un jour, ferme et soutenant le chef spirituel des Tibétains, un autre jour, tatillon et cherchant à ne pas provoquer la colère de Pékin. Entre les deux, une attitude incohérente qui risque bien de frustrer tout le monde.

En audio, écoutez les points de vue différents de Lionel Luca, parlementaire, et de Bernard Debré, député UMP.

Dernière annonce en date, Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères rencontrera finalement, et Rama Yade, la secrétaire d’état aux droits de l’homme, rencontreront finalement le dalaï-lama lors de l’inauguration d’un centre bouddhique dans l’Hérault ce vendredi 22 août.

Un voyage uniquement spirituel… ou presque

En visite en France depuis le 11 août, le dalaï-lama effectue, officiellement, une visite spirituelle au cours de laquelle, il a prodigué un séminaire au bouddhiste français à Nantes, participé à des prières ou des visites de temples. Ce voyage doit s’achever avec l’inauguration d’un centre bouddhique dans l’Hérault, en présence de la première Dame de France, Carla Bruni-Sarkozy.

Mais officieusement, la visite du leader “spirituel et temporel” des Tibétains se transforme de plus en plus en une visite, aussi, politique. Ainsi, mercredi 13 août, la dalaï-lama est reçu à huis clos au Sénat où il s’entretient avec un groupe de parlementaires. Samedi 16 août, il rencontre l’ex-candidate socialiste à la présidentielle Ségalène Royal. Lundi 18, il tient une réunion avec la député-maire socialiste de Nantes, Jean-Marc Ayrault. “La plupart des visites que je fais dans le monde ne sont pas politiques mais afin de promouvoir les valeurs humaines”, tient néanmoins à souligner le Tibétain.

Entre chaque réunion, et à chaque rencontre avec les journalistes, le Prix Nobel de la Paix en 1989 déclare que la répression chinoise contre les Tibétains se poursuit même durant les Jeux Olympiques. Jeudi 21 août, le dalaï-lama accuse, dans un entretien accordé au journal Le Monde, l’armée chinoise d’avoir “tiré sur la foule” dans la région de Kham le 18 août faisant 140 morts. L’information de tels faits n’est, pour l’instant, rapporté que par le dalaï-lama. Pour l’heure, ni les journalistes étrangers, ni les médias chinois, n’ont fait mention de telles violences.

Pour autant, le lama ne demande pas publiquement l’indépendance du Tibet, mais une “autonomie véritable” de la région himalayenne.

Du point de vue du développement matériel, nous avons intérêt à faire partie de la Chine", explique le bonze. Mais, "d'autre part, le Tibet dispose d'une langue, d'une écriture, d'une culture extrêmement riche, principalement sa culture bouddhique très précieuse", a-t-il aussi fait valoir. "C'est pour la survie de cette culture bouddhiste que nous demandons une autonomie véritable", veut convaincre le dalaï-lama.

Une diplomatie française entre le chaud et le froid

Après avoir affiché ses positions sur la crise de Lhassa, après le parcours chaotique de la flamme olympique à Paris, l’Elysée a tenté de jouer un mea-culpa en envoyant trois émissaires - Christian Poncelet, Jean-Pierre Raffarin, Jean-David Levitte - à Pékin.

Nouvelles crispations en juin, lorsque Nicolas Sarkozy titille encore les nerfs de Pékin en affirmant que sa présence à la cérémonie des Jeux Olympiques dépendrait de l’avancée du dialogue entre les envoyés du dalaï-lama et les autorités chinoises. Malgré les déclarations des représentants tibétains sur le faible avancement des discussions, le président français décide néanmoins de se rendre à Pékin pour le 8 août. En même temps qu’il annonce sa présence à la cérémonie d’ouverture, le chef de l’État déclare qu’il pourrait rencontrer le chef spirituel tibétain en août. Les Chinois réagissent immédiatement et le nouvel ambassadeur de Chine en poste a Paris, Kong Quan, sort totalement de son rôle de diplomate en menaçant la France de “graves conséquences” si une telle rencontre se produisait. Sarkozy a beau prétendre “ce n’est pas à la Chine de fixer mon agenda”, l’Élysée annoncera finalement que le président ne rencontrera pas le lama, mais que Carla Bruni-Sarkozy se rendra à une inauguration d’un centre bouddhique et s’entretiendra avec le moine.

Mais voilà, le lama arrive sur le sol et français et commence sa tournée spirituelle, et politique. Toute l’opposition crie au scandale pour le manque d’éloge reçu par la dalaï-lama. Le gouvernement français ne bronche pas et encaisse. Puis, la présidence communique qu’une rencontre entre le Tibétain et Nicolas Sarkozy pourrait avoir lieu en décembre à l’occasion de l’anniversaire de la déclaration des droits de l’Homme, où la France invitera tous les Prix Nobel de la Paix, et donc le dalaï-lama. Cette annonce a fait l’objet d’un appel à la prudence de la part des autorités chinoises.

Dernière annonce en date, Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie de l’hexagone, et Rama Yade, secrétaire d’état, annonce finalement qu’il se rendront dans l’Hérault et s’entretiendront avec le dalaï-lama. Pékin n’a pas officiellement réagi à l’annonce de cette rencontre.

Cette visite déchaîne les polémiques et déchire la classe politique de l’hexagone. Dans ses relations extérieures, le gouvernement français ne sait apparemment pas quelle position adopter. Mais, à force d’effectuer des pas de danses, c’est toutes les parties impliquées que la France risque de froisser. Les Chinois ont déjà exprimé à de très nombreuses reprises leur mécontentement pour ce qui apparaît aux yeux de Pékin comme “une ingérence dans les affaires intérieures de la Chine”. Les Tibétains, eux aussi, déplore la “position boiteuse” de la France, formule utilisée par le représentant du dalaï-lama Wangpo Bashi.

Alors que la grande majorité de la presse française se focalise sur le message politique du lama, sur l’incapacité du gouvernement à tenir une ligne de conduite stable, ou sur les railleries de l’opposition, quelques médias, comme l’Humanité ou Rue89 veulent se démarquer et présentent une vision du dalaï-lama moins idéaliste.

Autre liens: Le Monde