Chine: Pétrole! Pétrole!
La flambée des prix du pétrole, qui ont frôlé 100 dollars au début du mois de novembre , est provoqué par une très forte demande alimentée par une croissance mondiale, et notamment la croissance chinoise. Si la Chine, qui consomme deux fois plus de pétrole qu’il y a dix ans, contribue à la hausse des cours sur le marché international, elle ne peut être tenue pour seule responsable de cette hausse des prix.
Avec Philippe Chalmin, Professeur associé à l’université de Paris-Dauphine, coordinateur du rapport annuel Cyclope (Cycles et orientations des produits et des échanges), considéré comme l'un des grands spécialistes européens des matières premières et Jacques de Boisséson, Répresentant général de Total en Chine.
"L’incroyable croissance économique chinoise fondée sur l’industrialisation ne peut que se traduire par une hausse des besoins énergétiques" explique Philippe Chalmin. En 25 ans, la consommation chinoise en pétrole a été multipliée par 4. La chine consommait en 1980, 1,7 millions de barils de pétrole par jour, puis 2,3 mb/j 10 ans plus tard, 4,5 mb/j en 2000 pour atteindre 7, 26 mb/j en 2006. Mais la consommation chinoise reste loin derrière les Etats-Unis qui consomment 20,56 mbj. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la Chine, deviendra le premier consommateur mondial de pétrole peu après 2010. Mais pour l'heure, il n'occupe que le deuxième rang, derrière les Etats-Unis, avec un peu plus de 320 millions de tonnes consommées en 2006. S’il est indéniable que la croissance chinoise tire la demande mondiale de pétrole, la Chine ne contribue qu'à hauteur de 25 à 30% dans le supplément annuel de la demande mondiale -- quelque 500.000 barils/jour sur environ 1,5 mbj. Si un Chinois consommait autant de pétrole qu’un Américain, il faudrait doubler instantanément la production de pétrole, soit ajouter 80 millions de barils par jour au 80 millions de barils produits par jour. "C’est physiquement impossible affirme Jacques de Boisséson. Nos études montrent que la production ne pourra pas dépasser les 100 millions de barils par jour alors que l’AIE prévoit une consommation de pétrole pouvant s’élever jusqu’à 130 millions de baril". Selon Jacques de Boisséson, c’est l’ensemble de la planète qui consomme aujourd’hui trop de pétrole par rapport aux capacités de production. La Chine a un rôle de révélateur plus que de coupable précise t-il. C’est l’ensemble de la planète et pas seulement la Chine, qui doit prendre des mesures pour limiter sa consommation de pétrole.
Quant à la flambée des prix du pétrole, la Chine n’est pas la seule responsable assure Philippe Chalmin. L’an dernier, le géant asiatique a produit 183,68 millions de tonnes de brut (+1,7% en glissement annuel) et ses importations nettes ont atteint 138,8 millions de tonnes (+16,9%). Cette année, sur les neuf premiers mois, il en a déjà importé pour 124,07 millions de tonnes (+13,6% sur un an). La Chine importe l’équivalent de la moitié de ses besoins en pétrole. La demande chinoise joue sur le long terme, mais il existe une combinaison de facteurs qui explique la flambée des cours du pétrole. Aujourd’hui face à l'augmentation de la demande mondiale, les capacités de production seraient insuffisantes pour faire face aux aléas. C’est une facteur qui inquiète les marchés. La Chine a peu d’espoir de développer son exploitation pétrolière explique Philippe Chalmin. Elle va donc continuer à miser sur le charbon. Les autorités chinoises sont conscientes des conséquences néfastes de l’utilisation du charbon pour l’environnement et de la nécessité de chercher d’autres sources d’énergies. Mais les problèmes d’environnement et de sécurité énergétiques sont des problèmes globaux et ne se résoudront que par des solutions globales explique Jacques de Boisséson. On ne peut pas dire que la Chine doit résoudre son problème. La Chine réalise aujourd’hui qu’elle doit participer à ces réponses intégrées."
Si jusqu’alors les tentatives internationales avaient échoué, le prix du baril aujourd’hui qui frôle les 100 dollars permettra peut-être d’accélérer cette prise de conscience. "La Chine qui a besoin de la croissance doit prendre en compte l'impact de la flambée des matières premières qui représentent un aléa majeur pour sa croissance" conlut Philippe Chalmin.

