"ASEM 2008 : un dialogue de mal-entendants" par André Chieng

"ASEM 2008 : un dialogue de mal-entendants" par André Chieng

ASEM 2008 : un dialogue de mal-entendants
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On a beaucoup célébré l’accord entre l’Europe et l’Asie au sommet de l’ASEM des 24 et 25 octobre. Mais peut-on vraiment dire que les deux continents partagent les mêmes vues?

Le président Sarkozy a prononcé un discours vibrant, attirant l’attention sur le monde qui va mal. Sans cacher la responsabilité écrasante des Américains, il insiste néanmoins sur le fait que cette crise mondiale nécessite une coopération mondiale pour être surmontée. Il demande donc que l’Asie soutienne l’Europe dans sa démarche de fonder un nouvel ordre monétaire planétaire le 15 novembre à Washington. Dit avec des mots simples et frappants selon son style habituel, ce plaidoyer pour l’union de tous les pays du monde revêt des accents churchilliens ! Mais ce discours était-il vraiment destiné aux Chinois, ou à l’opinion publique européenne ? Insister sur le front uni présenté par l’Europe ne pouvait que faire remarquer aux pays d’Asie qu’on leur demandait de soutenir une décision à laquelle ils n’avaient pas été associés. Rappeler que les Droits de l’Homme sont universels plaît au public européen mais n’a d’autre effet pratique que d’agacer les Chinois. Convient-il d’agacer un pays dont on recherche le soutien ?

Sans doute le président Sarkozy savait-il déjà ce que son homologue chinois, Hu Jintao, allait dire dans son discours introductif : tout en appelant à l’effort conjoint de tous les pays, il avait tenu à souligner que la Chine avait déjà apporté sa contribution au monde en maintenant une croissance stable et rapide. Fallait-il en faire plus ? Il n’en soufflait mot.

Sans parler de dialogue de sourds, on peut évoquer un échange entre mal-entendants. Mais la différence de points de vue n’était-elle pas évidente avant même l’ouverture de l’ASEM ? Il suffit de lire la banderole accueillant les chefs d’état et porteuse du thème de l’ASEM 2008 pour s’en rendre compte : Vision and action : towards a win-win solution proclamait-elle en anglais. En chinois, la première moitié de la phrase disait : dui hua he zuo, ce qu’un débutant sait traduire par dialogue et coopération et non vision et action. A ce niveau, l’écart dans le sens n’est pas une erreur de traduction, c’est un choix délibéré.

André Chieng

André Chieng est Président de l’Asiatique Européenne de Commerce à Pékin et vice-président du Comité France-Chine. Il est également l’auteur de “La pratique de la Chine” paru aux éditions Grasset.