Annulation du sommet UE-Chine: Entre "maladresse" chinoise et "incohérence" française
En annulant le sommet UE-Chine du 1er décembre, pour cause de rencontre entre le dalai-lama et Nicolas Sarkozy, la Chine vient de faire un coup d'éclat diplomatique qui pourrait avoir l'effet inverse de celui attendu et nuire à sa propre image. Pourquoi une telle réaction alors que les difficultés économiques partagées tant par l'Union européenne que par la Chine devraient plutôt appeler à la concertation? et pourquoi la France est-elle particulièrement dans le colimateur chinois?
Les explications de Valérie Niquet, Directrice du Centre Asie de l'Institut français des relations internationales(IFRI)?
Sur le plan des relations diplomatiques, comment interprétez-vous cette annulation du sommet UE-Chine par Pékin?
Cela souleve un certain nombre de questions sur le statut de grande puissance revendiqué par Pékin et sur la véritable hiérachie de ses priorités. En raison même de la nature du régime chinois, l'idéologie tend à l'emporter sur la nécessité de dialoguer avec ses parteanires alors qu'on est en période de crise mondiale. La logique et les intérêts du parti communiste priment sur ceux de la Chine. En agissant de cette manière, la Chine se comporte en petite puissance qui fait passer les enjeux d 'image et de protocole avant la nécessité de "sauver la planète". Plus généralement, on est face ici à de grandes insuffisances dans la gestion de la politique extérieure chinoise.
A qui doit-on cette initiative?
C'est relativement opaque. On peut imaginer qu'il y ait un conflit au sommet de l'Etat entre ceux qui comme Hu Jintao et Wen Jiabo pensent que la survie du régime passe par son adaptation et son intégration internationale et ceux au contraire qui pensent qu'ouvrir la porte entrainerait l'effondrement du système suivant l'exemple de l'effondement du régime soviétique qui continue de servir de repoussoir à Pékin. Mais on a du mal à identifier les positions de chacun au sein du gouvernement sur cette question de l'ouverture. Sur le plan économique en revanche, on a un peu plus de lisibilité. On sait par exemple que des gens comme Wen Jiabao ou Likeqiang sont sans doute plus favorables à une politique de rééquilibrage favorisant la demande intérieure , alors que Xi Jinping (le vice-président) représentent un courant plus tourné vers les investissements et les marchés extérieurs.
Angela Merkel, Gordon Brown ont déjà rencontré le dalai-lama, on a l'impression que les chinois en veulent particulièrement à Nicolas Sarkozy? Pourquoi?
Je crois qu'ils lui reprochent avant tout l'incohérence de sa politique , les reculs successifs et des retournements mal expliqués. Les chinois ont décidé qu'ils n'aimaient pas Nicolas Sarkozy et ils le mettent volontairement dans l'embarras vis-à-vis de ses partenaires européens en montrant du doigt l'incohérence de sa politique. Il y a une volonté de gâcher la fin de la présidence française de l'Union européenne.
Mais est-ce que Pékin a intérêt à ce genre de coup d'éclat dans la situation actuelle?
Il y a côté chinois une mauvaise évaluation des conséquences d'un tel coup d'éclat alors même que Pékin souffre d'une dégradation de son image aujourd'hui. Jusqu'à présent la Chine a toujours bénéficié de l'image d'un pays émergent à fort potentiel. Aujourd'hui la Chine se trouve confrontée à des problèmes économiques graves et elle pourrait perdre de son attractivité , essentiellement fondée sur le potentiel d'un marché immense à conquérir. Il ne faut pas perdre de vue que la Chine continue d'avoir plus besoin du monde extérieur que l'inverse. Aujourd'hui le taux de croissance chinois a été revu à la baisse, sous la barre des 8%. Certes, le gouvernement a annoncé une réorientation vers le marché chinois mais cela ne suffira pas à compenser la perte des exportations en direction des pays les plus développés, Union européenne et Etats-Unis, si la crise devait se poursuivre. La Chine a donc un absolu besoin de sauver ses relations et ses marchés extérieurs. Le marché chinois ne représente pas dans l'état actuel de son développement une alternative suiffisante.
Propos recueillis par Marion Zipfel

