2008: l'avenir de Taïwan en question
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C’est une victoire sans appel que le parti nationaliste (Le Kuomintang ou KMT) a remporté lors des élections législatives du 12 janvier à Taiwan. Le parti de l'ancien président Chen Sui Bian, le Parti démocrate progressiste (DPP), essuie une lourde défaite à quelques semaines des élections présidentielles qui se tiendront le 22 mars prochain.
Avec Benoît Vermandeer, Directeur de l’Institut Ricci à Taïpei et co-auteur de la "Chine en quête de ses frontières : la confrontation Chine-Taïwan", paru aux Presses de Sciences-Po
"C'est le plus grand échec depuis la fondation du DPP et en tant que président, je dois en assumer la responsabilit" a déclaré le chef d'Etat sortant, Chen Sui-Bian, qui a démissionné de la présidence de son parti sitôt les résultats connus. Des résultats sans appels : Avec 72% des suffrages exprimes, le parti d’opposition, le MKT, a remporté 81 sièges sur les 113 que compte le parlement.
Selon Benoît Vermandeer, il y a deux raisons qui peuvent expliquer la victoire écrasante du DPP. D’une part, le raz de marée a été amplifié par le changement du mode de scrutin. Pour la première fois, l’élection s’est déroulée avec un mode de scrutin majoritaire et non proportionnel. "De fait, c’est la première fois depuis 1988 que le DPP se retrouve avec aussi peu de sièges au Parlement" explique Benoît Vermandeer. L’autre raison de la défaite du DPP est liée à son leader Chen Sui-Bian. " Il s’agit avant tout d’un vote de rejet contre Chen Sui-Bian plus que contre le parti" affirme Benoît Vermandeer. L’attitude extrêmement agressive de Chen Sui-Bian,icône de l’indépendance et de l’identité taîwanaise, s’est finalement retournée contre lui. Ainsi les électeurs ont sanctionné la politique provocatrice de Chen Sui-Bian vis-à-vis de la Chine mais sanctionné également son bilan économique. "Les Taiwanais sont inquiets par la perte de compétitivité de l’île " explique Benoît Vermandeer.
A Pékin, on se réjouit, mais discrètement, de voir la "bête noire » enfin écartée. Même si le contrôle du parlement est un enjeu important, c’est bien sûr les élections présidentielles du 22 mars qui seront vitales pour l’avenir de l’île et ses relations avec la Chine.
Avec cette victoire aux législatives, le KMT et son leader Ma Ying-Jeou, l’ancien maire de Taipei, semblent donc bien placés dans la course à la présidence. " Mais, les élections ne sont pas encore faites" précise Benoît Vermandeer. "Le KMT est inquiet de l’ampleur de sa victoire qui pourrait amener à un rééquilibrage et inquiets également dela popularité du candidat du DPP Franck Hsie. Par ailleurs, les élections à Taïwan sont souvent dramatisées et se jouent dans les deux dernières semaines. Donc le KMT ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué".
Ma Ying-Jeou ou Franck Hsie : bonnet blanc et blanc bonnet ?
L’avenir de l’île sera t-il radicalement différent en fonction de l’élection de l’un ou l’autre candidat ? Selon Benoît Vermandeer, Franck Hsie comme Ma Ying-Jeou sont favorables à un assouplissement des relations avec Pékin. Si Ma Ying-Jeou remporte la présidentielle, la réunification sera exclue mais un rapprochement dans un sens pragmatique avec une intégration économique plus intense seront ses priorités. L’attitude de Ma Ying-jeou est "prudente" et "ambiguë" selon Benoit vermandeer. "Ma Ying-Jeou se dit: essayons d’être de bons voisins, de gagner du temps et de ravaler nos désirs de fierté nationale explique le directeur de l'Institut Ricci. Mais cela ne signifie pas qu’ils sont prêts à la réunification". En effet comme le camp vert (le DPP) a été sanctionné pour avoir mené une politique trop indépendantiste vis-à-vis de la Chine, le camp bleu (le KMT) est conscient qu’il pourrait en être de même s’il joue trop la carte de la réunification.
Ainsi il est fort probable qu’avec une victoire de Ma Ying-Jeou, le statut quo avec Pékin soit maintenu de façon pragmatique. Pour de nombreux taïwanais, il incarne un désir de paix et de stabilité. Ma Ying-Jeou sera t-il porteur d’un projet dans lequel puisse se reconnaître le peuple taïwanais, tiraillé entre la quête identitaire et la volonté d’une cohabitation pacifique avec la Chine?
Ainsi une haute fonctionnaire, proche du KMT, citée par Philippe Vassé dans son article Taïwan : la démocratie en action, résume la situation:"Les Taiwanais se sentent d’abord Taiwanais et ne veulent pas devenir Chinois. En même temps, ils sont dans leur tête pour une indépendance du pays, mais ils ne savent pas ou ne voient pas comment y parvenir sans crise possible avec la Chine dont ils ont peur. Gérer cette contradiction et la résoudre pacifiquement sera la tâche de la prochaine administration KMT".
