Le partenariat global de sécurité routière - "Travailler ensemble pour sauver des vies"

25.06.2008, 09:59 GMT

[Click for a bigger view]Ann Yuan coordonne le partenariat en Chine (Image: Radio 86)Ann Yuan coordonne le partenariat en Chine (Image: Radio 86)

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L’initiative globale de sécurité routière est un projet sur une durée de cinq ans, planifié de 2005 à 2009, et soutenu par sept entreprises multinationales, General Motors, Toyota, Ford, Honda, Renault, Michelin et Shell.

Ann Yuan travaille sur ce projet et assume le rôle de coordinatrice avec les bureaux de la fédération internationale de la Croix Rouge et du Croissant Rouge à Pékin.

Cette organisation crée et met en application des projets liés à la sécurité routière dans les pays à faibles et moyens revenus. En Chine, le partenariat coordonne plusieurs projets pilotes qui tendent à trouver des solutions pour les problèmes de sécurité routière les plus urgents.

"Tous ces problèmes sont liés aux cinq risques majeurs de la sécurité routière, qui sont mentionnés dans le rapport mondial sur la prévention des blessures occasionnées par le trafic routier et rédigé par la Banque Mondiale et l’Organisation Mondiale de la Santé, en 2004. Ces cinq risques sont l’utilisation de la ceinture de sécurité, l’utilisation du casque, l’alcool au volant, la vitesse et la signalisation des dangers sur la route. Tous les projets sont axés sur ces thèmes.", dit Yuan.

En Chine, environ 100.000 personnes meurent chaque année dans des accidents de la circulation. Selon le ministère de la sécurité publique, la Chine figure en tête de liste mondiale au nombre de tués sur les routes depuis 1996. Le chiffre est énorme, même en prenant en compte une population composée de 1,3 milliards d’individus. Pékin, avec ses trois millions de véhicules, détient le record chinois des accidents de la circulation. Avec une telle densité de véhicules, il est délicat de cerner les causes profondes de ces problèmes, ajoute Yuan.

Gérer l’ingérable

"Concernant la ville de Pékin, il est difficile de dire où se situe le problème majeur. Il peut être abordé sous des angles différents. La croissance rapide du parc de véhicules depuis les cinq ou dix dernières années constitue, sans aucun doute une explication. Le réseau routier n’est plus adapté à la situation actuelle. La mixité du trafic pose également un problème majeur de sécurité routière. Véhicules motorisés, non-motorisés et piétons utilisent les même routes et rendent la circulation très compliquée et dangereuse. Les piétons et les cyclistes ne sont pas informés sur leur propre sécurité, idem pour les véhicules motorisés qui ne laissent jamais la priorité aux piétons. Les conducteurs pensent qu’ils sont toujours prioritaires. Nous nous évertuons à répéter que les routes doivent être plus sûres, nous devons envisager des systèmes d’approche qui incluent l’ingénierie, la mise en application des lois et l’éducation.", dit Yuan.

L’éducation est un élément clé de cette problématique, mais n’est pas une condition suffisante. En plus de l’information sur les règles du trafic routier, délivrée au public, Yuan pense que les conditions d’attribution du permis de conduire devraient être réformées et correspondre davantage aux conditions de circulation actuelles. En Chine, les conducteurs ont un permis à points et quelle que soit leur situation, ils récupèrent chaque années la totalité des douze points qui le composent. A chaque infraction, on déduit un certain nombre de points. Une fois que tous les points ont été retirés, le conducteur doit retourner à l’école de conduite pour reprendre quelques leçons.

"En Chine, les écoles de conduite, n’enseignent rien sur la sécurité, elles apprenent seulement au conducteur à se servir d’une voiture. Si les nouveaux conducteurs apprenaient les bonnes méthodes dés le début, il leur serait beaucoup plus facile de changer leurs habitudes après dix ans de conduite", affirme Yuan.

Même chose pour l’application des lois, Yuan admet que c’est un gros problème en Chine. "La loi oblige le conducteur et le passager à porter la ceinture de sécurité. De nombreuses personnes ne sont pas au courant, même les professionnels de la conduite ignorent la loi. Nous devons éduquer les gens. Les chauffeurs de taxis, qui jugent inconfortable le port de la ceinture, ont besoin qu’on leur montre des preuves scientifiques de l’utilisation de cette dernière. La stricte application de la loi est capitale et si la police luttait véritablement contre les contrevenants, la situation serait bien meilleure. Je pense que ce laxisme relatif est dû à un manque de moyens.", analyse Yuan.

Des statistiques noires

L'alcoolisme au volant est aussi un sérieux problème en Chine. Le taux légal d'alcool de sang admis est compris entre 0,2 et 0,8 grammes par litre. Ce soucis est également négligé par les autorités à cause d'un manque de ressources, à la fois humaines et techniques. La police ne dispose pas de suffisamment d'éthylomètres pour contrôler suffisamment de monde à la fois, remarque Yuan.

L'organisation coopère avec la police locale dans deux villes de la région du Guangxi en effectuant des enquêtes et en distribuant des questionnaires sur les restrictions légales concernant l'alcool au volant.

"Les résultats des enquêtes montrent que quasiment 100% des gens ne connaissent pas la législation en vigueur. Ils n'ont aucune idée de ce que représente l'alcool au volant en termes juridiques. 78% des personnes interrogées n'ont pas été arrêtées une seule fois par la police depuis deux ans et seulement 0,3% avouent avoir reçu une amende pour conduite en état d'ivresse. Il en résulte que les gens ne sont pas suffisamment informés et que la loi n'est pas suffisamment appliquée.", dit Yuan.

Une enquête sur les accidents de la circulation conduite entre décembre 2006 et juillet 2007 montre que tous les conducteurs impliqués dans un accident sérieux ont dû sacrifier à un test d'alcoolémie. Le but de cette enquête étant d'obtenir une idée générale sur le lien entre l'alcool et les accidents.

"On a enregistré un total de 267 accidents sérieux dans les deux villes, durant cette période. Sur les 400 conducteurs impliqués, 97 sont considérés comme “alcoolisés”, ce qui représente une proportion d'environ 25%. Le problème est très sérieux.", analyse Yuan.
De mai à novembre 2008, l'organisation va mettre en place une campagne de sensibilisation à Nanning et à Liuzhou, sur les dangers de l'alcool au volant.

"Sur cette période de six mois, nous aurons une campagne sur l'éducation du public. Dans la mesure où les gens ne connaissent pas la loi et ne connaissent pas les dangers de l'alcool sur leur organisme, nous allons les sensibiliser à travers notre campagne.", explique Yuan.

Développer une réponse urgente et les transports publics

L'année passée, plus de trois millions de véhicules étaient enregistrés sur la ville de Pékin (Image: Radio 86)L'année passée, plus de trois millions de véhicules étaient enregistrés sur la ville de Pékin (Image: Radio 86) Ce programme de partenariat a défini un plan d'approche sur ces problèmes qui prend en compte l'éducation et la sensibilisation des gens. L'organisation se focalise sur la prévention et cherche à informer les gens dans les cas de premiers secours.

"Dans le cas concernant la Chine, je pense que le système d'urgence n'est pas au point. Le temps mis par les secours pour se rendre sur les lieux est bien trop long. Les gens ne connaissent pas non plus les soins basiques à prodiguer en première urgence. Plus de connaissances aideraient beaucoup.", dit Yuan.

Les trois facteurs clé qui contribuent à la sécurité routière sont les routes, les gens et les véhicules, énumère Yuan. Dans les villes principales, la condition générale des véhicules est plutôt bonne, mais dans les campagnes, c'est loin d'être le cas. Les routes y sont mauvaises et de nombreux véhicules agricoles y circulent.

Le gouvernement encourage les gens à prendre les transports publics. Le trafic routier est une préoccupation majeure.

"Les gens sont excités à l'idée d'avoir une voiture, ils pensent que c'est pratique. A l'heure actuelle, en raison de la saturation du trafic, le gouvernement encourage l'utilisation des transports publics mais d'un autre côté, les structures ne sont pas suffisantes pour favoriser l'abandon des véhicules privés. La ville de Pékin a fait beaucoup d'efforts dans ce domaine, mais cela prendra encore du temps. Si les gens pensent que les transports publics sont pratiques et confortables, ils les utiliseront davantage.", conclut Yuan.

Auteur: Stina Björkell

Interview par: Stina Björkell

Traduit par: Christophe Croze

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