La Chine: l'empire des virus?

12.05.2008, 10:29 GMT

[Click for a bigger view]Le virus "pied-main-bouche" a déjà provoqué la mort de 32 enfants en Chine (Image: China News Service)Le virus "pied-main-bouche" a déjà provoqué la mort de 32 enfants en Chine (Image: China News Service)

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A l’heure où le virus “pied-main-bouche” a déjà provoqué la mort d’une trentaine d’enfants en Chine, état des lieux épidémiologique en compagnie de Françoise Weber, Directrice générale de l’Institut de veille sanitaire (InVS), invitée de Chine Hebdo ce week-end.

Chine Hebdo: Quel est cet entérovirus ou virus "pied-main-bouche"
Françoise Weber:L’entérovirus est un virus d’une famille très répandue. Des entérovirus, il y en a quasiment sur tous les continents. La majorité est totalement bégnine: soit l’infection passe totalement inaperçue, soit les enfants (car le virus touche surtout les jeunes enfans) ont des petites angines et des petits boutons, qui apparaissent sur la paumes des mains, sur les pieds et dans la bouche. Il s’agit donc d’un virus très répandu, le plus souvent bénin et qui de temps en temps, y compris dans nos régions, peut donner des méningites virales.

Pourquoi de telles complications en Chine? Pourquoi autant de mort et quels sont les modes de transmission de ce virus?
Dans de très rares cas, ces entérovirus peuvent donner des infections beaucoup plus graves et en particulier chez les jeunes enfants. C’est très rare chez nous mais plus fréquent en Chine et dans les pays où il y a une grande promiscuité et des problèmes d’hygiène qui favorisent la transmission du virus. Cette forme E71 du virus, nous la connaissons bien, elle n’est pas nouvelle et provoque des épidémies règulierement et particulièrement en asie. Malheureusement, il n’y a pas de traitement pour ces virus car les germes ne sont pas accessibles aux antibiotiques. Cette forme d’entérovirus se caractérise de temps en temps par des formes graves, qui sur l’ensemble des personnes atteintes, restent exceptionnelles mais à l’échelle de la population de la Chine, il est évident que, même un toute petite proportion de cas donne un nombre de morts considérable.

Quels conseils de prévention pouvez-vous donner aux auditeurs de Chine Hebdo qui vous écoutent en Chine?
Je tiens tout d’abord à saluer les expatriés avec lesquels nous entretenons des relations car l’InVS ne travaille pas seulement sur la France mais reste en veille sur l’ensemble de la planète pour identifier les menaces et les problèmes qui pourraient les toucher. Quant aux précautions à prendre, elles sont simples et universelles et c’est ce qu’il y a de plus efficace contre ces virus: se laver les mains, ne pas être trop proche des enfants, faire attention à l’eau et à l’alimentation. Le meilleur moyen d’arrêter ces épidémies, et les autorités chinoises l’ont rappelé, c’est de se laver les mains, de respecter une certaine hygiène et de fermer les écoles.

La Chine a déclaré l’état d’alerte national concrètement qu’est-ce que cela signifie?
D’après les informations dont je dispose, les autorités chinoises ont pris des mesures de bon sens et s’expriment pour mobiliser leur population. Il s’agit de mesures cohérentes avec ce que, nous, nous aurions fait c’est-à-dire essayer d’arrêter l’extension de l’épidémie en limitant les contacts entre malades et non malades. C’est l’objectif de la fermeture des des écoles, de la limitation des déplacements dans les zones où il y a des épidémies mais aussi des mesures d’hygiène et des recommandations générales faites à la population et qui sont valables pour toutes les épidémies virales.

On parle d’un pic à venir de cet entérovirus juste avant les JO. C’est quelque chose qui vous inquiète?
C’est effectivement l’allure habituelle de ces épidémies. Elles connaissent leur pic entre mai et août, ce qui coïncidera avec les JO. Je crois qu’il faut à la fois être parfaitement averti de ce danger et conseiller aux voyageurs et aux personne qui se trouveront sur place de bien respecter les mesures d’hygiène que nous venons d’énoncer et en même temps, il ne faut pas dramatiser car dans la très grande majorité des cas, ces infections sont bénines. Mais c’est vraiment une raison pour renforcer les précautions que chacun prend individuellement.

SARS, grippe aviaire,et maintenant entérovirus: Est-ce que la Chine apprend à être réactive et à collaborer avec les autorités mondiales? Et est-ce que la nomination de Margareth Chan à la tête de l’OMS a changé la donne?
Je crois que la Chine coopère, ce n’est pas un pays fermé sur le plan sanitaire. Les contacts ne sont pas toujours faciles avec l’ensemble des intervenants mais nous avons des contacts bilatéraux, nos ministères de la santé ont des contacts et surtout la Chine travaille avec l’OMS. Avec cet épisode d’entérovirus, l’information a plutôt bien circulé même si elle met du temps à venir du terrain parce que les systèmes sanitaires et les systèmes de notification sont probablemt assez irréguliers selon les régions.
Mais on le voit bien aujourd’hui, que ce soit en matière de grippe aviaire ou d’entérovirus, la Chine joue finalement la carte de la transparence et elle appelle même l’OMS à l’aide quand c’est necessaire. Tout cela est plutôt bien coordonné même si les circuits d’information ne sont à l’évidence pas les mêmes. Je crois donc qu’on ne peut pas dire que la Chine soit un pays totalement opaque sur le plan sanitaire.

Faisons un peu de médecine fiction: Est-ce que face à un virus foudroyant de type ebola, la Chine a les moyens logistiques et autres pour affonter une crise sanitaire vraiment sérieuse?
Je vous disais tout à l’heure que la Chine etait transparente. Comme beaucoup de pays, elle n’a pas le choix: elle est obligée d’être transparente, c’est une nécessité pour elle, comme pour nous tous, car elle s’inscrit dans un système sanitaire qui est maintenant mondial. L’experience passée, et notamment pour le SRAS, lui a montrée qu’elle avait tout intérêt à être transparente sur ses épidémies.

Qui sont vos homologues en Chine et sur quels dossiers travaille l’InVS avec les Chinois?
Nous sommes en contact avec nos homologues du ministère chinois de la santé. Il existe également un centre de surveillance des maladies sur le modèle du CDC (Center for Disease Control) aux Etats-Unis, de l’InVS en France ou du CEPM (le centre européen de prévention et de contrôle des maladies). Ils ont un système assez comparable aux nôtres en terme de structures. Nous avons également travaillé ensemble sur un labotaroire P4 à Shangahi. Il s’agit d’un laboratoire dans lequel on manipule les virus les plus dangereux, de type ebola, qui ne doivent absolument pas sortir de leurs éprouvettes.


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