La Chine endosse pleinement son rôle de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU (Image: China News Service)15.07.2008, 10:27 GMT
La Chine endosse pleinement son rôle de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU (Image: China News Service)Depuis plusieurs années, le rôle de la Chine dans la politique internationale s’est considérablement accru. La fin du monde bipolaire opposant les États-Unis à l’URSS, le refus de voir les États-Unis comme seule superpuissance, et le rôle de plus en plus central de la Chine dans l’économie mondiale ont poussé Pékin à occuper une place de premier ordre sur l’échiquier international. La Chine se poserait-elle en superpuissance?
Avec Olivier Guillard, chercheur à l'IRIS, spécialiste de l'Asie et Éric Izraélewicz, Directeur de la rédaction du quotidien La Tribune.
Du nucléaire iranien à la dénucléarisation de la péninsule de Corée, de la crise du Darfour, du Zimbabwe, ou encore la situation en Birmanie, mais aussi, d’un point de vue interne, la question du Tibet et les Jeux Olympiques, autant de sujets qui ont amené la Chine sur le devant de la scène internationale et vers laquelle le monde entier regarde, parfois en retenant sa respiration…
Par le passé, la Chine a déjà utilisé son droit de veto au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour défendre ses intérêts et ses alliés. Pas plus tard que vendredi dernier, la Chine a, une nouvelle fois, tenu à jouer le rôle de contrepoids à l’hégémonie occidentale, et plus particulièrement celle des États-Unis, dans la diplomatie mondiale en apposant son veto lors du vote d’une résolution à l’encontre du Zimbabwe.
Malgré son poids économique, la Chine n'appartient pas au club du G8 (Image: China News Service)
Pour Eric Izraélewicz, “ce qui importe pour la Chine, c’est la Chine”. Par cette affirmation le journaliste de La Tribune, soutient que tous les faits et gestes, ou du moins la majorité, de la Chine à l’extérieur de son territoire sont principalement destinés à l’intérieur de ses propres frontières. Un rôle important sur le plan international donne en effet une légitimité au pouvoir chinois. Il permet, de plus, “de mobiliser le nationalisme chinois pour cimenter la société chinoise” en proie à des changements importants et problématiques.
Un autre intérêt de la Chine, afin de maintenir sa légitimité interne, est de se positionner comme un contrepoids à l’hégémonie américaine. Une Amérique à la fois rivale et partenaire comme le prouve la politique monétaire menée depuis trois ans par Pékin. Si la devise chinoise s’est considérablement appréciée (+ 20%) par rapport au dollar, elle s’est, au contraire, dépréciée face à la devise européenne. Et ce n’est pas l’appel récent du G8 qui fera infléchir Pékin. “Les Chinois savent que c’est surtout avec le dollar et les États-Unis que c’est important”, considère Izraélewicz au micro de Chine Hebdo. Il cite pour preuve que lorsque les États-Unis font pression ils obtiennent des résultats ; l’Union Européenne peut, elle, toujours attendre…en vain.
Par opposition au ton employé dans les relations avec Washington, l’ambassadeur chinois à Paris s’est permis, la semaine dernière, d’avertir l’Elysée des “conséquences graves” qu’aurait une rencontre entre Nicolas Sarkozy et le dalaï-lama. Le président français peut s'exclamer “ce n’est pas à la Chine de fixer mon agenda”, le poids de la France auprès des Chinois est minime. Peu importe l’égo de l’hexagone, les pseudo menaces du président français de boycotter la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques à Pékin n’ont pas fait trembler un instant le gouvernement chinois. Et le commentaire du président chinois Hu Jintao qui a qualifié la décision du président français de “correcte” après son entrevue avec le chef d’État français en dit long.
Nicoals Sarkozy a annoncé sa présence à la cérémonie des Jeux Olympiques au président chinois Hu Jintao (Image: China News Service)
Alors que la Chine ne se permettrait pas de boycotter les produits américains, britanniques alors que le premier ministre Gordon Brown ne se rendra pas aux Jeux, ni même les produits allemands malgré qu’Angela Merkel, elle aussi, sera absente lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux, les produits de l’hexagone souffrent des politiques de Paris à l’égard de Pékin.
Dans ce contexte où les relations diplomatiques entre la France et la Chine sont tendues, Nicolas Sarkozy avait-il le choix? Probablement pas. La France a un réel besoin d’améliorer son image auprès de l’opinion publique chinoise. La France a un réel besoin d’améliorer ses performances économiques dans l’Empire du Milieu à l’heure où son déficit commercial avec Pékin ne cesse de grandir. En fait, la France a un réel besoin de la Chine, tout simplement.
Le talon d'Achille de la Chine dans sa politique internationale est probablement son manque d’expérience dans la diplomatie mondiale. À plusieurs reprises, Pékin a commis des erreurs de “jeunesse”. Les propos de l’ambassadeur chinois à Paris illustrent, selon Olivier Guillard, chercheur à l'IRIS, la “non-maturité de la Chine sur la scène internationale”. Pour ce spécialiste de l’Asie, les autorités chinoises doivent encore gagner en crédibilité sur les dossiers sensibles. Et les réactions, tant diplomatiques que de communication, après les événements de Lhassa, sont une autre preuve de ce manque d’expérience.
Les JO: une quête de reconnaissance qui suscite la critique (Image: China News Service)
Les Jeux Olympiques pourraient aussi être une arme a double tranchant pour Pékin. Si la Chine souhaite une réussite totale des Olympiades dans la capitale chinoise qui conférerait une légitimité internationale, un statut de grande nation capable d’organiser des événements mondiaux, les Jeux Olympiques peuvent aussi paralyser la diplomatie chinoise si elle doit faire face au reste du monde. Pour combattre sa mauvaise image à l’internationale, Pékin ne peut se permettre de bousculer de manière inhabituelle les grandes institutions internationales. L’inculpation du président soudanais Omar Hassan Bachir par la Cour pénale internationale (CPI) place dans ce sens la Chine dans une situation difficile sur l’échiquier diplomatique. Le veto chinois est presque devenu une habitude au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Par contre, Pékin n’a jamais contrecarré une décision de la Cour pénale internationale. Suite à cette inculpation, la diplomatie chinoise, pourtant le principal allié du président Bachir, devrait laisser faire les autres alliés du pays africains afin d’éviter de ne détériorer un peu plus son image de souteneur de régimes au banc des nations.
Moins d’un mois avant les Jeux, la Chine présente bien les caractéristiques d’une superpuissance sur le plan économique et diplomatique et peut (presque) se permettre de choisir les pays avec qui elle parle avec respect. Dans un mois peut-être elle le sera aussi de manière sportive, un autre objectif de Pékin. Il ne restera que les domaines militaires et culturels où Pékin n’aura pas encore affirmé son hégémonie… Mais pour combien de temps?
Auteur: Daniel Ernult
This book, provided with a cd-rom, will give a global and fully view on China. Based on figures of the year 2004, it contains lots of interesting information about the natural conditions, the administrative division, the...
Lire la suite »
China Today is a monthly magazine that covers Chinese economy, society, travel and culture. The articles and special reports are prepared by local and foreign journalists who aim to provide a window into everyday life in...
Lire la suite »