Enquête exceptionnelle au coeur de la Chinafrique

26.05.2008, 08:44 GMT

[Click for a bigger view]La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir (Image: Editions Grasset)La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir (Image: Editions Grasset)

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"750 000 chinois en Afrique et nous et nous et nous", crient en choeur les puissances occidentales face à la percée chinoise en Afrique. Des chinois assoiffés de matières premières, des chinois qui construisent des ponts et des routes, des chinois qui écoulent leurs produits sur les marchés africains et des chinois qui fournissent également des armes à des dictateurs africains.

Serge Michel et Michel Beuret, accompagnés du photographe Paolo Woods, sont allés à la rencontre de ces nouveaux aventuriers, dans les rues de Douala, le long des chemins de fer d’Angola, dans les forêts du Congo et signent “La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir" (Grasset), une enquête passionnante sur ce nouvel épisode de la mondialisation.

Avec Serge Michel, correspondant du quotidien Le Monde à Dakar et auteur de "La Chinafrique"

La présence chinoise en Afrique n’est plus une surprise” affirme Serge Michel. En effet, cela fait depuis quelques années déjà que nous assistons à l’inéxorable progression de la Chine en Afrique et la plupart des articles écrits à ce sujet mettent l’accent sur les menaces que font peser le prédateur chinois sur le continent africain. Serge Michel et Michel Beuret ont voulu voir les choses autrement. Pour ce faire, ils sont sillonné des milliers de kilomètres et visité une quinzaine de pays pour “raconter ce que fait la Chine en Afrique”.

Oui, la Chine a besoin des matières dont le continent africain regorge. Mais elle ne se contente pas de faire main basse sur ses ressources, elle construit également les infrastructures comme les routes, ponts écartant ainsi certaines entreprises occidentales ou cassant leurs monopoles traditionnels. Et pour se “servir en Afrique comme dans un supermarché, à tous les rayons”, Pékin rassure les dirigeants africains, vante un modèle “gagnant-gagnant” et prône la non-ingérence. Les chefs d’Etat africains se réjouissent, les occidentaux dénoncent le pillage de l’Afrique par la Chine. La France, notamment, reproche aujourd’hui à la Chine de faire ce qu’elle a fait pendant de longues année à tavers le modèle de la Françafrique.

Si la Chine prend des risques et investit sur le long terme, la recette de sa potion magique pourrait porter en elle et paradoxalement les germes de son échec. ”L’Afrique ne s’est jamais montrée tendre envers les grandes visions des nouveaux arrivants” observe Sege Michel. “[...]Même les Chinois commencent à rencontrer de la résistance. C’est d’ailleurs là où ils s’activent le plus que cette opposition est aussi la plus forte". En Afrique du Sud, là où la population chinoise est la plus nombreuse (200 à 300 000), le président Thabo Mbeki dans un discours devant des étudiants en 2006 exhortait l’Afrique à ne pas se laisser enfermer dans une “relation inégale” avec la Chine, comme ce fut le cas avec les puissances occidentales. En Zambie, suite à un accident dans une mine de cuivre chinoise qui a fait au moins 45 morts, le leader de l’opposition s’est fait l’écho d’un mouvemet anti-chinois et Hu Jintao a du renoncer à sa visite en février 2007.

Autre exemple de la grogne anti-chinoise, l’Angola. Après avoir profité de la “générosité” chinoise de 2004 à 2006, le premier partenaire africain de la Chine “mord la main qui l’a nourri” et annule soudainement en 2007 un projet chinois de raffinerie à Lobito pour 3 milliards de dollars. Les Chinois invoquent des problèmes de coordination mais “cela dissimule mal le changement de ton des responsables angolais à l’égard de Pékin” souligne Serge Michel. Un changement de ton lié à un changement de situation. Grâce à l’explosion du prix de pétrole et du doublement de sa production l’Angola s’est immensément enrichie. “Les revenus pétrolier de l’Angola sont passés de 7 à 34 milliards de dollars par an, ce qui a permis de relativiser l’apport chinois[...]" observe l’auteur de la Chinafrique. “En 2003, on n’avait pas le choix. Il n’y avait que les Chinois pour nous aider. Aujourd’hui c’est différent" avait déclaré un haut responsable du ministre des Finances à Serge Michel et à Michel Beuret. Différent en effet, comme en témoigne notamment la récente visite de Nicolas Sarkozy à Luanda après plus de dix ans de brouille diplomatique entre les deux pays suite à un scandale de trafic d’armes. Une fois tournée la page de l’Angolagate, le président français entend faire de l'Angola un modèle de ces nouvelles relations franco-africaines "décomplexées" qu'elle prône.

Une visite française qui vient illustrer la conclusion des auteurs de la Chinafrique selon lesquels la tâche essentielle accomplie par la Chine aura éte d’avoir "redonné à l’Afrique une vraie valeur”."Jamais l'Occident ne s'est autant intéressé à l'Afrique que depuis la Chine est partie à sa conquête" observent les auteurs de la Chinafrique.

Auteur: Marion Zipfel

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