Barack Obama avec Hu Jintao en 2009 (Image: CNS)08.02.2010, 14:48 GMT
L'actualité récente a été marquée par la surenchère des provocations et menaces entre Pékin et Washington. Au point d'imaginer une cyberguerre ou tout autre conflit comparable à l'antagonisme URSS/Etats-Unis de la guerre froide ? Loin de là, les deux géants sont bien trop dépendants l'un de l'autre...
Sortie la tête haute de la crise économique -bien que la prudence soit encore de mise- la Chine a logiquement un sentiment de puissance à faire valoir, elle qui est depuis une dizaine d'année le pays en pleine ascension sur la scène internationale.
Cette confiance en sa force, Pékin l'avait notamment utilisée avant les JO 2008 pour calmer les ardeurs pro-démocratique de Nicolas Sarkozy, lorsque celui-ci avait mis sa présence à la cérémonie d'ouverture de l'olympiade en jeu suite aux émeutes tibétaines...
Elle semble désormais décidée à faire la même démonstration de force diplomatique vis à vis des Etats-Unis, son principal rival sur la scène internationale.
Les récents et multiples épisodes de tensions (affaire Google, ventes d'armes à Taïwan, rencontre Barack Obama/Dalaï-lama...) ont largement été traités par la presse internationale. Si au premier abord, ils peuvent laisser craindre une détérioration profonde des relations sino-américaines, dans le fond, ils ne semblent pas foncièrement modifier la donne entre les deux puissances...
Pour exemple, cela fait 50 ans que les Américains vendent des armes à Taïwan, 50 ans que les Chinois du continent protestent... Une coutume en quelque sorte, qui vaut également lorsque le Dalaï-lama, dangereux séparatiste pour Pékin, rencontre un dirigeant étranger...
La mise en garde à l'attention de Barack Obama n'a rien de surprenante, tout comme le conflit sur l'affaire Google : entre le pays qui se veut défendre la liberté d'expression, et celui qui se veut défendre sa sécurité nationale avant tout, il faut surtout montrer sa fermeté pour plaire à son opinion publique.
La communication de Pékin est, plus qu'une menace pour les Etats-Unis, un moyen de montrer à la population chinoise que son gouvernement se fait respecter sur la scène internationale, et reste intransigeant sur les thèmes qui fondent son pouvoir : unité nationale, rejet de toute subversion et fierté de la nation...
Pour Washington, le processus n'est pas tellement différent si ce n'est que Barack Obama doit lui prouver, après une visite mitigée en Chine fin 2009, qu'il reste un président soucieux du respect des droits de l'homme, et donc sans ambiguïté face à la Chine. La rencontre avec le Dalaï-lama, prévue en février, est probablement un message dans cette direction...
Au delà des impératifs de communication, il sera important de voir si la Chine met vraiment en oeuvre des sanctions à l'égard des entreprises américaines impliquées dans la vente d'armes à Taïwan, ce qui serait une première, et si les relations se dégradent au delà du simple gel de la coopération militaire entre les deux pays...
Il est probable que non, car en dépit de leurs sujets de discordes récurrents, Etats-Unis et Chine sont avant tout deux pays interdépendants : une économie chinoise sur la pente ascendante a besoin d'une économie américaine saine, et vice-versa...
La guerre froide entre la Chine et les Etats-Unis est donc bien loin, on se contentera de la guerre des mots...
Auteur: Nicolas Jucha

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