Xuan Ke – Défenseur de la culture Naxi

26.04.2008, 15:05 GMT

[Click for a bigger view]Xuan Ke est directeur d'un orchestre traditionnel Baisha (Image: Radio86)Xuan Ke est directeur d'un orchestre traditionnel Baisha (Image: Radio86)

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Les Naxi sont l’une des cinquante minorités ethniques de Chine. Aujourd’hui, la majorité des descendants de ce peuple originaire du Tibet, vit dans le Sichuan et le Yunnan.

Baisha est un petit village situé près de Lijiang. Cette communauté est particulièrement renommée pour son solide héritage musical et il existe un grand nombre d’orchestres, dans la région de Lijiang, jouant la musique traditionnelle de Baisha . Le plus célèbre d’entre-eux est dirigé par Xuan Ke. Tous les orchestres locaux disent adhérer aux critères des "trois vieux" : Les musiciens sont en général assez âgés, leurs instruments le sont également et pour finir, toute la Chine les considère comme les fossiles vivants de l’héritage musical de l’empire du milieu.

Le passé haut en couleur de la famille de Xuan

Baisha a été la capitale du royaume de Naxi jusqu’en 1300, moment où elle a été conquise et annexée à l’empire chinois. L’empereur envoie des soldats et des officiels Han dans la région, pour veiller aux intérêts de l’empire. La culture locale perd pied.
L’arrière grand-père de Xuan Ke était l’un des officiels du gouvernement les plus cultivés, envoyés travailler dans le Yunnan. L’histoire de la famille de Xuan, 77 ans, est si riche qu’elle nécessiterait l’écriture d’un ouvrage.

Mon arrière grand-père était un ”juren,” terme que l’on attribue aux personnes d’un niveau d’éducation très élevé. On dit la même chose aujourd’hui d’un docteur ou d’un professeur. La personne que l’on envoyait travailler comme gouverneur dans un village devait posséder les qualifications recquises, en d’autres termes, le degré impérial. A ce moment là elles avaient droit au titre de juren. Mon arrière grand-père fut envoyé comme gouverneur dans la région tibétaine inhabitée de Zhongdian. Mon grand-père y est né".

Xuan Ke raconte que son grand-père s’est marié à une princesse tibétaine de haut-rang. Le couple quitte ensuite Zhongdian pour Deqin où naît le père de Xuan. Des années plus tard, ce fils d’officier impérial et de membre de la royauté tibétaine se marie à une chanteuse folklorique tibétaine très connue. Les jeunes amoureux quittent à leur tour le Tibet, de peur que les autochtones contestent leur union à cause de leurs antécédents familiaux différents. Plus tard les parents et les grands parents de Xuan migrent à Lijiang.

En 1905, un missionnaire hollandais, qui parlait très bien le mandarin, après plusieurs années passées à Pékin, vient également s’installer à Lijiang. Un jour, alors que mon père arpentait les rues de la ville, cet homme, du nom de Cook, l’aborde : Quel langue parlez-vous ? Tibétain lui répond mon père. Parlez-vous le naxi ? continue Cook. Couramment, répond mon père. Et le chinois Han? Bien sûr, c’est le language le plus usité par ici, en fait je parle ces trois langues. Mr Cook demande à mon père de venir travailler avec lui. Il devient son assistant en 1905”, raconte Xuan.

Cook enseigne l’anglais et le nouveau testament au père de Xuan. Le jeune disciple fait des études de prêtre à Guizhou et retourne à Lijiang comme le premier missionnaire chrétien chinois de l’histoire. Quelque temps plus tard, un groupe de missionnaires étrangers arrive dans la ville et la très influente héritière hollandaise, Elisabeth Schultz, fonde une église et fait construire quelques banques et écoles à Lijiang et dans les environs. Xuan est admis dans l’une de ces nouvelles écoles.

La majorité de ses petits camarades est étrangère. De nombreux missionnaires allemands et britanniques vivaient déjà dans la région. Xuan obtient son diplôme en 1945.

En 1905 l’examen impérial est aboli et l’éducation nationale est réorganisée. J’ai obtenu mon diplôme primaire en 1945, juste avant la fin de la seconde guerre mondiale. On m’a ensuite envoyé étudier à l’école de la mission Kunming, dans laquelle la plupart des professeurs étaient diplômés de l’université de Yale aux États-Unis".

Une icône culturelle derrière les barreaux

Xuan a bati un monument à la mémoire de son père mort pendant le révolution culturelle (Image: Radio86)Xuan a bati un monument à la mémoire de son père mort pendant le révolution culturelle (Image: Radio86) Durant la révolution culturelle, Xuan le chef d’orchestre est emprisonné comme de nombreux garants de culture traditionnelle. Xuan remplit tous les critères de dissidence, il est instruit, chrétien et fréquente des étrangers. Deux décennies de dur labeur dans les camps de travail n’entament en rien ses convictions.

De nombreuses personnes sont emprisonnées à Lijiang, mais en ce qui me concerne on me met aux arrêts dans un établissement de Kunming. J’avais travaillé comme chef d’orchestre de l’opéra national chinois, de l’orchestre symphonique Wuhan et de celui de Kunming. J’ai été envoyé en prison pour collusion politique avec la droite. Quelques années plus tard, lorsque j’ai commencé à me rebeller verbalement, on m’a aussitôt affublé du label extrême-droite”, se souvient Xuan.

Lorsque j’étais jeune, j’ai travaillé pour le parti. Le président Mao disait que tous les citoyens étaient libres de parler ou d’écrire ce que bon leur semblait. En ce temps là, je prenais plaisir à écrire quelques articles dans des magazines locaux de Kunming, et je suis devenu un peu populaire parmi les lecteurs... Une nuit, tout bascule, et je suis envoyé en prison. Officiellement, je suis arrêté pour sympathie avec l’extrême-droite, bien que la véritable raison soit mon implication avec des étrangers. Mes relations et mes correspondances avec mes professeurs et mes camarades de classe américains, me valent le rôle de traître à la patrie... Quelle absurdité ! Durant cette période des millions d’artistes et d’intellectuels sont jetés en prison”, raconte Xuan.

Rétrospectivement, Xuan avoue ressentir parfois une certaine haine au regard des évènements de la révolution culturelle. Mais cette colère fait rapidement place au rire et à la plaisanterie, il ne conserve pas de rancune pour son pays.

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Cela peut paraître étrange, mais je n’ai pas de ressentiment par rapport à ces gens là, après tout, ne suis-je pas chrétien ? Mais je serai curieux de savoir ce que font ces gens aujourd’hui. Il m’a été possible d’en dépister une douzaine ; quelques uns sont décédés, d’une maladie ou d’une autre. Certains sont toujours vivants, je suis allé à leur rencontre. Il en résulte que le climat politique de cette époque explique de nombreuses exactions”, dit Xuan.

Le passé haut en couleur de Xuan a certainement contribué à le rendre populaire en tant que chef d’orchestre. Aujourd’hui il est parfaitement heureux dans sa vie.

Je voudrais juste dire aux gens qu’ils doivent apprendre, oublier et pardonner. Tout ceci appartient désormais au passé”, conclut Xuan en souriant.

Traduit du chinois par Terhi Mikkolainen

Auteur: Terhi Mikkolainen

Interview par: Juha Leino

Traduit par: Christophe Croze

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