Les bourses de Shanghai et Shenzen sont fermées cette semaine pour cause de fête nationale (Image: China News Service)30.09.2008, 12:15 GMT
Les bourses de Shanghai et Shenzen sont fermées cette semaine pour cause de fête nationale (Image: China News Service)MEDIA
Les difficultés auxquelles sont confrontées les institutions bancaires américaines et mondiales ont engendré une crise financière sans précédent. Les places boursières déjà fortement en recul, le rejet du plan de sauvetage du secteur bancaire américain, en début de semaine, n’a pas redonné confiance aux investisseurs. Mais comment cette crise peut-elle affecter les marchés boursiers chinois, des marchés qui ont déjà perdu plus de 60% de leur valeur entre novembre 2007 et septembre 2008.
Avec une croissance supérieure à 10%, la Chine s’est hissée au troisième rang des économies mondiales. Pourtant, alors qu’en novembre 2007 la bourse de Shanghai atteignait plus de 6000 points, l’éclatement de la bulle de spéculation présente sur le marché de l’immobilier et les craintes d’hyper inflation ont ramené le marché financier chinois a un niveau plus modeste. Le 18 septembre dernier, la bourse de Shanghai passait même en-dessous des 2000 points, soit un perte de valeur de 60% en 10 mois.
Interrogé sur l’antenne de Chine Hebdo - avant que l’administration Bush ne demande l’injection de 700 milliards de dollars pour soutenir le secteur bancaire - Louis Thannberger, président de Europe Finance et Industrie (EFI), a réaffirmé qu’il continue à croire en l’économie chinoise.
Pour ce financier qui, à l’image de Ben Bernanke (président de la Réserve fédérale des États-Unis), avait prédit le krach boursier il y a déjà plusieurs mois, le marché financier chinois reste prometteur. Il en veut pour preuve les plus de 3500 petites et moyennes entreprises sur la liste d’attente pour être introduites à la bourse de Shanghai et dont il espère convaincre quelques unes à s’introduire à la bourse de Paris.
Louis Thannberger voit aussi dans cette crise un changement du paradigme économique avec un transfert des richesses de l’Ouest vers l’Est. Et les places financières telles que Shenzen et Shanghai réagissent assez modérément aux aléas de la finance mondiale. Après l’annonce de la faillite de Lehman Brother le 15 septembre, Shanghai ne chutait “que” de 4,7%…
Le 18 septembre, les petits porteurs chinois pouvaient aussi se rassurer du fait de l’instruction à Huijin, un groupe étatique chinois, d’acquérir des actions de trois des plus grosses banques pour maintenir leur cours. Toujours au moment où la crise pontait son nez, Bank of China l’une des plus grosses institutions bancaires chinoises, investissait pour 236,3 millions d'euros dans la Compagnie financière de Rothschild, laissant ainsi apparaître la sérénité des banques de l’Empire du Milieu face à la crise. Il faut dire que si des banques américaines ou européennes doivent envisager une nationalisation pour se remettre à niveau, les banques chinoises sont déjà étatiques et bénéficient donc des importantes réserves de change de l’état chinois au cas où...
Néanmoins certaines inquiétudes sont présentes. Lors de l’assemblée générale de l’ONU, la semaine dernière à New York, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a estimé que "la volatilité financière en particulier a touché de nombreux pays et son impact risque de devenir plus sérieux". Mais malgré que la Chine soit l'un des plus grands détenteurs d'obligations du Trésor américain et finance, dès lors, une partie non négligeable de l'économie américaine, la Chine ne devrait pas être l’économie à pâtir le plus de cette crise financière. Dominique Strauss-Kahn, président du Fond Monétaire International ne disait pas autre chose cette semaine. Alors qu’il soulignait le danger de la crise pour les économies émergentes, il a exclu la Chine, la Russie, le Brésil et l’Inde des pays à risque en raison des importants surplus commerciaux et des réserves de change de ces pays.
Les places financières mondiales sont toutefois très réactives au “votera, votera pas” du “plan B” de sauvetage du secteur bancaire américain. L’indice Hang Seng de Hongkong, la bourse chinoise la plus exposée aux réactions des autres bourses, a notamment chuté de 5,6% dès son ouverture (mardi 30 septembre) après le refus du Congrès de voter le plan de sauvetage Paulson.
Les bourses de Shanghai et de Shenzen sont, pour le moment, épargnées des tensions de cette semaine en raison de leurs fermetures pour la semaine de vacances de la fête nationale chinoise.
Et la bourse de Shanghai, la plus sensible aux autres places boursières en raison de sa dépendance aux investissements des entreprises étrangères, ne réouvrira que lundi 6 octobre et verra un effet de lissage.
“La volatilité implicite des marchés (traduisant le risque anticipé par le marché) a explosée cette semaine à 50 (VIX) ce qui témoigne de leur grande nervosité et de la crainte d'un risque sytémique. Les banques asiatiques étant fermées cette semaine "échappent" temporairement à cette volatilité. Dans le cas où les bourses rebondissent après le vote du plan B, l'impact sur ces bourses pourraient rester d'une semaine à l'autre relativement faible ("effet de lissage")”, a confié à Radio86 un Asset Manager à la banque d’affaires belge Degroof.
D’ici lundi, le plan de sauvetage du secteur bancaire américain devrait être voté et rassurer les marchés, y compris les marchés chinois. Mais, “si le deuxième plan n’est pas voté, les bourses pourraient "rattraper" la baisse à laquelle elles ont échappé jusque'à lors”, a cependant averti le cadre de la banque d’affaire belge.
Auteur: Daniel Ernult
Source: Le Monde, AFP
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