Zhang Yimou: L’homme et sa vision
Zhang Yimou est indubitablement l’un des metteurs en scène les plus respectés de Chine. Son dernier chef-d’œuvre: Les cérémonies d’ouverture et de clotûre des Jeux Olympiques de pékin. Ces réalisations ont renforcé son prestige en Chine et l’ont également fait découvrir aux pays occidentaux. Radio 86 a eu la chance d’obtenir une interview exclusive.
L’ascension de Zhang vers la célébrité n’a rien à envier aux intrigues et au suspens qui truffent ses films. Alors qu’il était employé d’une usine chinoise, juste après la révolution culturelle, il décide d’intégrer l’université, il passe donc un concours, qu’il réussit, mais il a malheureusement passé la limite d’âge d’admission. Cela ne le stoppe aucunement.
“J’ai décidé d’écrire au ministre de la culture de l’époque, Huang Zhen. J’ai eu la chance qu’il ouvre personnellement ma lettre et qu’il soit sensibilisé par ce que j’y avais écrit. Je dois à son influence d’avoir eu la possibilité de changer ma vie et d’entrer à l’université.”
Zhang se sent rapidement gêné par le fait que ses camarades de classe, de l'académie cinématographique de Pékin, soient plus jeunes que lui d'une dizaine d'années. Il remarque dès lors que les étudiants d'un autre département, mise en scène de films, semblent avoir à peu près le même âge que lui.
“Ce n'est qu'à cause de mon âge que j'ai choisi de suivre la voie de la mise en scène. Je trouvais très embarrassant de me retrouver avec des jeunes. En changeant de département je ne me trouvais plus gêné et je considérais également que c'était une chance pour moi d'intégrer ce programme.”
A propos de la censure
Zhang réalise très tôt que le rôle d'un metteur en scène augmente au même rythme que le développement de l'industrie du film. “Depuis une trentaine d'années, l'industrie du film était une industrie d'État. Si l'État vous demandait de devenir metteur en scène, alors vous deveniez metteur en scène. L'État gérait la production et la distribution des films chinois”.
“Depuis que l'économie chinoise s'est ouverte au reste du monde, le metteur en scène ne reçoit plus de subsides gouvernementaux pour faire des films. Désormais, vous devez, tout d'abord, trouver le financement. Une fois que l'investisseur vous donne le feu vert, vous avez la possibilité de faire un film”.
Une chose, cependant, n'a pas changé, la censure gouvernementale. “Le système de contrôle est resté le même que quand j'ai commencé à travailler, il est directement issu des autorités nationales. Il n'y a aucune raison pour que cela change”.

“Est-ce que ce système m'a affecté? Nous espérons tous être indépendants. Du côté de la production, nul ne veut réellement de contrôle stricte et de procédures compliquées. Mais cette situation ne peut pas changer et en pratique, nous sommes confrontés à une situation très délicate. Nous devons prendre ce système en considération. Le producteur doit parfois procéder à quelques ajustements au moment du choix du sujet du film. Je pense que chaque metteur en scène chinois se demande, à la réception d'un script, si l'histoire va être conforme au système de censure. S'il semble évident que l'histoire ne sera pas acceptée, vous perdez juste votre temps”.
Des rôles féminins forts
Zhang a grandit en regardant des films et en lisant des livres sur les héros d'arts martiaux, connus en Chine sous le nom de wuxia. Il se souvient avoir dissimulé ces livres et les avoir lu en cachette durant la révolution culturelle.“J'ai commencé très jeune à lire ces histoires de wuxia. La plupart d'entre-eux avaient été écrits par Jin Yong. Quand j'ai commencé à diriger des films, j'ai toujours caressé l'espoir de réaliser un film wuxia.”
Zhang réalise son rêve, quand on lui demande de diriger Crouching Tiger, Hidden Dragon. L'engouement international pour les arts martiaux l'amène également à diriger d'autres films comme Hero, House of the Flying Daggers et son dernier film en date, Curse of the Golden Flower.
Selon Zhang, lorsqu'un film est dirigé selon la vision de son metteur en scène, le succès de ce dernier dépend de la prestation des acteurs. “Quand je démarre un projet, je ne pense pas très souvent à qui pourrait être le bon acteur pour un rôle. En Chine, nous suivons la procédure internationale. Tout d'abord, nous trouvons l'histoire et après nous cherchons des acteurs en relation avec les rôles. Naturellement je préfère travailler avec les bons acteurs, je m'y suis habitué,” dit-il en évoquant sa relation de travail avec Gong Li.
Les films de Zhang sont réputés pour donner des rôles important à ses actrices. “Dans mes films, les personnages féminins ont souvent des rôles exceptionnels. Elles jouent parfois le rôle principal et souvent des rôles dramatiques. En Chine, depuis des siècles, nous avons des structures sociales très strictes et des règles féodales bien établies. Les films se font le reflet du conflit entre l'individu et la société. Mes personnages féminins montrent cette lutte contre le système féodal et la domination masculine. Je pense que que c'est le contexte basique des films historiques.”
Hollywood a produit ses propres versions de nombreux films asiatiques. Zhang souhaite-t-il remanier à la mode chinoise, un western classique? “Cela n'entre pas dans mes projets pour l'instant. Il existe tellement de thèmes et de sujets pour faire des films que je n'ai pas besoin d'aller chercher mon inspiration en occident. Le cas est différent aux Etats-Unis où ils commencent à manquer de bonnes histoires, c'est la raison pour laquelle ils commencent à les chasser à travers le monde.”

