Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les services secrets chinois...

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les services secrets chinois...

Roget Faligot
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A l’occasion de la sortie de son livre « Les services secrets chinois de Mao aux JO» aux éditions Nouveau monde, Roger Faligot, écrivain et journaliste d'enquête, était l'invité de Chine Hebdo. Plongeon dans les eaux troubles des services de renseignement chinois...

Radio 86 informe ses lecteurs que lors d'une première version mise en ligne, une information inexacte, selon laquelle Roger Faligot aurait travaillé avec l'aval et la permission du gouvernement chinois, s'était glissée dans nos colonnes. Nous rectifions cette erreur en précisant que l'auteur a effectué ses recherches en toute indépendance et présentons toutes nos excuses à ce dernier.

Chine Hebdo : Vous êtes l’auteur du livre « Les services secrets chinois de Mao aux JO», comment en êtes vous venu à écrire ce livre ? Comment avez-vous travaillé et comment avez-vous mené cette enquête?

Roger Faligot: Il faut que vous sachiez que j’avais déjà écrit un premier livre il y’à 25 ans, une biographie intitulée « Kang Sheng & les services secrets chinois » sur l’éminence grise de Mao et chef de ses services secrets pendant la révolution culturelle. J’avais donc déjà emmagasiné pas mal d’informations. J’ai continué, depuis, à suivre tout ce qu’il se passait et puis j’ai saisi l’opportunité des Jeux Olympiques, le gouvernement chinois faisant savoir qu’il serait un peu plus souple dans sa façon de concevoir le travail des journalistes (...) J’ai travaillé de façon stratégique dans certains pays, j’ai recueilli des informations au Japon, en Australie, à Hong-Kong, etc... Je souhaite rencontrer à Pékin un certain nombre de gens qui seraient prêts à m’expliquer comment le gouvernement chinois obtient ses informations.

CH: Et on vous a laissé travailler tranquillement?
R.F: J’ai travaillé tout à fait tranquillement et j’espère que mes consœurs et mes confrères qui iront travailler aux Jeux Olympiques, auront les même possibilités. Il y’à bien sûr des gens qui se sont désistés en disant qu’on ne parle pas d’affaires secrètes à des journalistes étrangers, mais j’ai pu rencontrer des personnes (...) J’ai même dîné avec un ancien directeur du renseignement économique auprès du conseil des affaires d’État, avec qui je me suis entretenu longuement de choses intéressantes pour moi.

CH : Selon vous, les services secrets chinois sont-ils les plus puissants au monde?
R.F: Je ne dis pas cela. Il est vrai que face à la CIA, les Chinois n’ont pas les même moyens technologiques, les même satellites. Ceci étant, au niveau de la masse de gens qui travaillent sur le renseignement, c’est certainement un énorme service avec une déclinaison dans tous les domaines possibles et imaginables, y compris l’intelligence sportive, le renseignement culturel ou environnemental.

CH : Pouvez-vous nous décrypter l’organisation de ces services secrets ?
R.F: La grande différence avec tous les autres services du monde, exception faite de la Corée du Nord, une «petite Chine» si l’on peut dire, c’est que c’est un service qui ne comprend pas uniquement un directeur technique du renseignement, mais aussi le responsable du secrétaire du parti communiste chinois. La tutelle du parti est toujours présente sur les grands plans de recherche du renseignement et ceci est très important. Cela veut dire que peu ou prou, tout dépend du parti communiste. Pendant le 17ème congrès du parti communiste, en octobre dernier, un monsieur du nom de Zhou Yongkang, responsable de la sécurité publique, quelqu’un que connaît bien Nicolas Sarkozy avec qui il a échangé sur des problèmes d’immigration et sur les mafias chinoises, est devenu numéro trois du comité permanent du bureau politique. Cela veut dire qu’il est le dirigeant suprême de tous les services de sécurité, notamment chargé de la sécurité des JO.

CH: Parlez nous des espions chinois. On est loin de l’image de James Bond...
R.F: Dans les renseignements, vous avez des gens qui cherchent des informations de tous ordres, techniques, technologiques, scientifiques ou économiques et puis vous avez des gens qui font de l’action, entre autres le recrutement d’agents, c’est cette partie là que nous appelons espionnage en Occident (...) Des réseaux sont dirigés directement dans les ambassades et d’autres personnes, que l’on surnomme les «poissons des eaux profondes» et qui sont des agents illégaux, clandestins ou dormants, recrutent des réseaux, par exemple dans la communauté chinoise d’outre-mer.

CH : L’espionnage industriel est-il le volet essentiel de la politique chinoise ?
R.F: Il est évident qu’il existe un certain nombre de programmes de longue haleine. Prenons l’exemple de la conquête des océans. Le pays a besoin de sous-marins stratégiques, d’un porte-avion, dont la Chine ne dispose pas à l’heure actuelle. A partir de ce moment là, des centaines, si ce n’est des milliers de gens, vont travailler sur un certain nombre de composants électroniques, sur les problèmes de coque, etc... On siphonne des informations très partialisées et on met, en quelque sorte, un grand puzzle en place (...) Le nationalisme et le patriotisme chinois sont très importants à ce niveau là; on peut faire appel à des gens qui ne sont pas d’accord avec le communisme chinois et qui cependant veulent bien vous aider, car ils viennent du même village par exemple.

« Les services secrets chinois de Mao aux JO » le dernier livre de Roger Faligot
« Les services secrets chinois de Mao aux JO » le dernier livre de Roger Faligot (Source: Site de l'auteur)

CH: Un petit mot sur les « hackers rouges » qui ont défrayé la chronique dernièrement?
R.F: Nous parlons ici de ce que je nomme l’armée populaire des cyber-guerriers. Ce service dépend de l’armée populaire de libération. Il est organisé en deux départements (les départements 3 et 4). Ces deux départements travaillent sur le renseignement de guerre et l’interception des communications (...) Ils procèdent en envoyant des virus qui permettent de pirater des informations ou de bloquer des sites gênants. Ils opèrent également en mode « testing » en piratant des systèmes pour étudier la capacité de réaction de l’ennemi. Nous sommes ici en plein volet de guerre psychologique et idéologique.

CH: A l'approche des Jeux Olympiques, les chinois consentent des efforts considérables pour éviter tout incident lors de l'épreuve. Un service spécial de sécurité et d'espionnage des Jeux vient même d'être crée, disposant de ressources exceptionnelles. L'organisation compte 150 à 200 000 personnes et dispose d'un budget de 1,3 milliards de dollars...
R.F: Ce qui représente 1 dollar par chinois... Chaque pays hôte des Jeux Olympiques est bien évidemment confronté à l’aspect sécuritaire. L’avantage d’être un pays dictatorial, à parti unique, est de pouvoir allouer énormément de ressources en puisant dans tous les services (...) Le but est de se prémunir contres les attentats mais aussi d’éviter que des dissidents se manifestent. Il y’a tout un travail préalable qui inclut le fichage d’un certain nombre de personnes aussi bien en Chine qu’à l’étranger.

CH: Quelles sont les menaces que Pékin redoute?
R.F: A quelques mois des JO, la sécurité est bien entendu un problème. Le chef du FBI américain et de la DST française ont été invités récemment à Pékin pour évoquer ces soucis (...) Des exercices d'attaque nucléaire et bactériologique ont eu lieu récemment dans le métro de la capitale chinoise (...) Des émissaires chinois sont actuellement présents au Pakistan afin d'étudier les différentes menaces que pourraient représenter Al-Quaida. Il s’agit également pour Pékin de ne pas perdre la face lors de manifestations de dissidents.

CH: Un dernier mot, quel est l'aspect qui vous a le plus surpris ou interrogé lors de la rédaction de votre ouvrage?
R.F: La visite du Pékin sous-terrain est un moment très intense. Bâtie par l’armée et les services secrets alors que la Chine redoutait une attaque nucléaire soviétique, cette véritable ville sous la ville est très impressionnante (...) De source sûre, ces galeries pourraient favoriser la fuite des dignitaires du régime en cas de soulèvement important...

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