Propagande rouge! Le cinéma révolutionnaire chinois
La révolution communiste et la proclamation de la fondation de la République Populaire de Chine en 1949, vont être à l'origine de ce que les livres d'histoire vont rapporter comme étant indéniablement la période la plus radicale de l'histoire cinématographique chinoise. En relayant l'idéologie communiste, les médias et en particulier les films, seront considérés à cette époque, comme des outils essentiels de la propagande pro-révolutionnaire. Ainsi, l'aspect divertissant des films fait rapidement place à l'enseignement des idéaux prônés par le régime communiste. Cela signifie également la disparition des films à thèmes sociaux qui sont en opposition par rapport aux idéologies prévalantes.
Le contrôle du parti
Le gouvernement communiste fera immédiatement main basse sur les médias après son accession au pouvoir. En 1950, le parti a interdit tous les films réalisés en Chine avant 1949. L'interdiction est naturellement étendue à toutes les productions des studios de Hong Kong et d'Hollywood. Rapidement une nouvelle forme de production cinématographique fait son apparition à travers tout le pays et se concentre sur des histoires de fermiers exemplaires, de soldats et de travailleurs. Les réalisateurs chinois sont envoyés en Union Soviétique pour faire leurs classes auprès des spécialistes locaux du cinéma communiste. À l'issue d'une période de froid dans les relations sino-soviétiques et la création de l'académie cinématographique de Pékin, les réalisateurs chinois peuvent à nouveau bénéficier des conseils du grand frère. L'académie cinématographique de Pékin opère naturellement sous la tutelle du ministère chinois de la culture, tout comme les studios de Changchun, qui deviendront un des plus grands studios communistes officiels de l'époque.
Un relâchement de la censure entre 1956 et 1957 et au début des années 60, laisse un peu de terrain à la production de films non conventionnels, qui ne s'inscrivent pas dans la lignée des maîtres soviétiques. Deux films du réalisateur Xie Jin, “The Red Detachment of Women” (1961) et “Two Stage Sisters” (1965), en sont les illustrations les plus fameuses et représentent parfaitement bien la maitrise technique datant de cette période. “The Red Detachment of Women”, en particulier, a conservé sa popularité au fil des décennies malgré des thèmes ouvertement propagandistes. Le film retrace l'histoire d'une jeune paysanne de l'île du Hainan qui échappe à ses oppresseurs et grimpe peu à peu les échellons de la hiérarchie communiste.
En dépit de leur caractère “peu divertissant”, ces films attirent des audiences records et, durant la décennie qui suivra la fondation de la république, la vente de tickets explosera de 47 millions à 415. Dès le début de la révolution culturelle, la “nouvelle Chine” produit environ 603 long-métrages et un total de 8.342 bobines de documentaires et reportages “sponsorisés” par le bureau de la propagande du parti communiste. C'est également à cette époque, en 1960, que le premier écran géant de Chine, voit le jour. Les films d'animation deviennent également très populaires, beaucoup d'entre-eux utilisent des formes traditionnelles d'expression visuelle, comme les découpes en papier, les peintures ou les ombres chinoises pour transmettre leurs messages à la jeunesse du pays. Les réalisateurs de ces films souhaitent atteindre le double objectif de les divertir et de leur inculquer un enseignement, le plus fameux exemple reste “Havoc in Heaven” (1961), qui a même remporté le prix de la meilleure image au festival international du film de Londres.
Une industrie écrasée par le poids de la révolution culturelle
Durant la révolution culturelle, qui dure approximativement de 1966 à 1976, l'industrie chinoise du film est sous contrôle étroit. Pratiquement tous les films qui ont été produits avant cette date, sont interdits et seulement quelques films sont réalisés durant cette période. L'un des rares films produits à cette époque et également l'un des plus célèbres, est la version ballet de “The Red Detachment of Women”. Après 1972, l'industrie cinématographique retrouve légèrement des couleurs, mais reste sous contrôle étroit jusqu'en 1976, moment auquel le fameux “gang des quatre” est finalement déboulonné. Après la fin de la révolution culturelle, l'industrie du film retrouve rapidement et graduellement la faculté de divertir les spectateurs et suit ainsi l'exemple de ses homologues occidentaux. Certaines expérimentations sont même autorisées, avec toutefois certaines limites, et en particulier l'obligation de ne présenter aucune motivation commerciale.
La fin de la révolution voit également l'augmentation de films qui relatent le traumatisme vécu à cette époque de l'histoire de la Chine. Les films de Xie Jin, “Evening Rain” et “The Legend of Tianyun Mountain” réalisés en 1980, obtiennent même la plus haute distinction aux Golden Rooster film awards, le festival du film principal en Chine. Le cinéma chinois se cherche dès lors une identité dans les années 80. De nouveaux courants font leur apparition dans le monde du cinéma et bientôt, ce que l'on a appelé la cinquième génération des réalisateurs est prête pour propulser le cinéma chinois vers de nouvelles hauteurs.


