Montargis – Le berceau de la nouvelle Chine

Montargis – Le berceau de la nouvelle Chine

Deng Xiaoping en France en 1920
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En visitant la France, seuls quelques touristes planifient de visiter une petite ville du nom de Montargis, à moins qu'ils soient Chinois. Montargis a beau être connue pour ses nombreux ponts et canaux, pour les Chinois, elle représente le berceau de la Nouvelle Chine.

De nombreux leaders communistes ont habité cette agglomération dans les années 20 et parmi eux, Deng Xiaoping, dont la légende veut qu'il ait vendu sa veste pour se procurer les fonds nécessaires à l'achat d'un billet pour un match de football.

Programme d'étude et de travail

Montargis, située à une centaine de kilomètres au sud de Paris, a joué un rôle important dans l'histoire de la Chine. Au début des années 1900, de nombreux Chinois avant-gardistes pensent que la Chine a besoin de la technologie et du savoir occidentaux pour se moderniser. Li Shizeng, le fils d'un conseiller de l'Empereur chinois, a cet objectif en tête lorsqu'il crée le “programme d'étude et de travail” en 1912. Dans le cadre de ce programme, de jeunes Chinois et Chinoises sont envoyés en France pour apprendre les techniques modernes de travail et de pensée.

Ce programme d'étude et de travail prend vraiment son envol après la première guerre mondiale. En raison d'une pénurie sur le marché de l'emploi, la France accueille avec bienveillance quelques 2.000 hommes et femmes venus de l'Empire du milieu. Environ 300 d'entre-eux arrivent à Montargis, ville dans laquelle Li Shizeng a lui-même vécu précédemment. Comme partout en France, la majorité des Chinois de Montargis passe plus de temps à travailler dans l'usine de caoutchouc locale qu'à étudier.

Lettre à Mao

Quand les Chinois arrivent à Montargis, le parti communiste français vient juste d'être crée et Montargis est réputée pour pencher à gauche. C'est en France que de nombreux jeunes Chinois glanent leurs idées pour changer la Chine. La jeunesse chinoise et en particulier les étudiants, s'orientent vers un mélange de patriotisme et de radicalisme nourris au terreau de la désillusion par rapport à la culture traditionnelle et de la défaillance de la république chinoise. Le pas vers le communisme est vite franchi.

Le premier groupe de Chinois qui arrive à Montargis en 1919 comprend quelques amis de Mao Zedong, venus de la province du Hunan. L'un d'entre-eux est Cai Hesen, qui deviendra par la suite le théoricien du mouvement communiste naissant en Chine. Mao décide pour sa part de rester en Chine, sans doute à cause de ses connaissances limitées en langues étrangères.

Les Chinois de Montargis se réunissent dans les jardins de la mairie pour discuter de la “sauvegarde de la Chine et de la sauvegarde du monde”. Durant l'une de ces réunions, Cai Hesen propose un programme pour le “salut de la Chine”. Nous sommes en juillet 1920 et un mois plus tard, Cai envoie une lettre à Mao pour lui proposer la création du parti communiste chinois. Le parti est fondé l'année suivante. Les figures les plus importantes qui séjournent à Montargis au début des années 20 sont Zhou Enlai et Deng Xiaoping. Zhou Enlai, futur Premier ministre, travaille à Paris mais passe beaucoup de temps à Montargis avec ses compatriotes. Deng Xiaoping, qui guide la Chine vers une économie de marché dans les années 70, fabrique des chaussures et des imperméables dans l'usine de caoutchouc de Montargis durant neuf mois. En mars 1923, il est licencié car il “refuse de travailler” et est considéré comme un “fauteur de troubles” qui ne doit pas continuer son activité dans l'usine. Deng part alors pour Paris où il est embauché à l'usine automobile Renault.

L'empreinte d'un grand

Nous savons maintenant que le rôle de Mao dans la création du parti communiste chinois n'est pas aussi crucial que les manuels d'histoire chinois ont bien voulu le laisser entendre. Cela n'a aucun impact sur les bus remplis de touristes chinois qui veulent voir Montargis, le berceau de la nouvelle Chine. Chaque année, quelques 500.000 touristes chinois visitent la France et Montargis bénéficie de ce marché en pleine croissance. La ville a mis en place un “tour” intitulé “l'empreinte d'un géant” et qui montre à quel endroit vivaient, travaillaient et étudiaient les leaders de la future Chine. Et bien entendu, on peut visiter les jardins dans lesquels s'est dessiné le “salut de la Chine”.

Source du texte:
Bailey, Paul: “The Chinese Work—Study Movement in France”; Fairbank, John King: "China. A New History."; AFP.