Les Chinois tiennent à leurs idéogrammes
Cet été, des experts de la Commission de la langue chinoise ont proposé de modifier 44 caractères d'écriture chinois. Bien que mineur, le projet a été rejeté en bloc par les internautes amenés à exprimer leur point de vue.
90% d'opposants
En invitant les Chinois à exprimer leur opinion sur le grand portail sohu.com, les initiateurs du projet de "petite simplification" des idéogrammes chinois ne s'attendaient sûrement pas à un tel désaveu : plus de 90% des participants ont rejeté l'idée, certains s'exprimant même sur la toile en des mots durs à l'égard des "élites pensantes" du ministère de l'éducation.
Surtout que la proposition de réforme apparaît très légère, voire "cosmétique", pour reprendre les termes de Joël Bel Lassen, invité la semaine passée dans Chine Hebdo : 44 caractères -dont seulement un tiers sont couramment utilisés- sont concernés par la mesure consistant à réduire leur nombre de traits.
Si l'on considère que la langue écrite chinoise compte plus de 47 000 caractères, dont seulement 3500 sont nécessaires pour la vie de tous les jours, on peut s'interroger sur les raisons de l'hostilité du public...
Attachement à l'esthétisme des idéogrammes et volonté d'exprimer son opinion personnelle
La première raison pourrait tenir à l'attachement des Chinois à la dimension esthétique de leur écriture. Comme le montre l'art de la calligraphie, l'écriture est pour les Chinois bien plus qu'un outil de communication.
Même pendant la grande réforme initiée par Mao Zedong de 1957 à 1975, les caractères chinois dans leur forme traditionnelle avaient été "protégés" dans le cadre de leur usage esthétique, par exemple comme enseignes de restaurants.
Pourtant à cette époque, l'idée était à terme de remplacer les "désuètes" caractères par une écriture latinisée : le pinyin officiellement utilisé désormais comme instrument d'apprentissage du chinois. Aujourd'hui, ce sont bien les caractères simplifiés par Mao qui sont employés sur le continent, mais Hongkong, Taïwan ou encore Macao et la diaspora ont gardé l'écriture traditionnelle...
L'autre raison qui peut expliquer la "fronde" du public n'a finalement pas grand chose à voir avec l'écriture en elle-même. La réaction massivement hostile du public pourrait répondre à un besoin des jeunes chinois d'exprimer leur opinion personnelle dans un pays où internet est le seul instrument vraiment efficace pour cela.

