Le guide de la survie en Chine: Cacophonie chinoise
Nous autres, Finlandais, aimons le silence. Nous avons même développé l'étrange habitude de nous retirer en pleine forêt pour pouvoir apprécier davantage le silence. C'est la raison pour laquelle, un voyage en Chine peut provoquer un choc ultime pour les oreilles délicates des Finlandais car là bas, le silence n'existe pas... Et il n'existera jamais.
Il semblerait que pour les Chinois, faire le plus de bruit possible est le seul moyen pour se faire entendre dans un pays de plus d'un milliard d'âmes. Et le résultat inévitable qui en découle est une cacophonie qui prend des proportions considérables!
Comme je l'avais mentionné dans mon article sur le nouvel an chinois, les feux d'artifices et autres amusements pyrotechniques en Chine émettent des sifflements stridents et des bruits d'explosions particulièrement prononcés. Malheureusement, cet engouement des Chinois pour le bruit ne se limite pas aux jours de festivités et chaque jour qui passe génère une quantité incroyable de pollution sonore. Le trafic routier ne représente qu'un chapitre dans le livre chinois des nuisances sonores, surtout si l'on considère l'aptitude des conducteurs à utiliser leur klaxon, s'arc-boutant sur leur avertisseur au moindre signe de provocation. Même si vos oreilles se sont déjà alterées au point que le bruit de la circulation ne représente plus qu'un fond sonore auquel vous vous êtes habitués, cela ne vous dispensera pas d'être au bord de la crise cardiaque quand un agent de la circulation, zélé, vous sifflera dans le creux de l'oreille alors que vous vous apprêtez à traverser la rue. Même une promenade dans un parc ou dans un quartier résidentiel peut se transformer en cauchemar quand vous rencontrez un vendeur ambulant qui s'égosille de tous ses poumons et qui tape de toutes ses forces sur un pot en métal pour attirer le chaland. J'ai personnellement trouvé ces beuglements assez “accueillants”, l'un de ces colporteurs, une femme, me donnait même l'impression de pousser la chansonnette! On ne peut pas en dire de même de ces archaïques haut-parleurs, utilisés jusque récemment pour vendre des journaux et toutes sortes de choses. Ces haut-parleurs étaient utilisés à proximité des kiosques à journaux et vantaient les titres des quotidiens ou vous engageaient à vous procurer de manière urgente le petit livre rouge du président Mao. Bien que vous vous soyez accoutumé au bruit de la circulation et au brouhaha qui prévaut généralement, il existe une limite à tout. Par exemple, vous devez vraiment faire preuve de patience, lorsque durant votre promenade dominicale dans un parc tranquille, vous faites soudainement face à une bande de fêtards qui font un vacarme d'enfer avec des sifflets ou tout ce qui leur passe par les mains. Juste pour le plaisir!
Des idoles en puissance
Et comme si tout ce bruit n'était pas suffisant, les Pékinois ont développé leur propre manière, très spéciale au demeurant, de parler. Ce qui implique, vous vous en seriez douté, de nombreux cris. Cette tendance semble provenir de leur faibles capacités auditives - surprise, surprise! Quoi de plus agréable que d'être réveillé à cinq heures du matin par une compétition de cris qui se déroule devant votre porte? J'aurai vraiment aimé apprendre aux Chinois ce vieux proverbe finlandais qui dit que“le silence est d'or”, et qui prend tout son sens au cinéma ou au théâtre. J'en suis arrivée à la conclusion que quelque part, le silence fait peur aux Chinois ou tout du moins les incommode: Essayer de rester tranquillement assis dans un taxi et vous verrez que rapidement le chauffeur devient remuant, commence à tapoter nerveusement son volant, allume la radio ou commence à chantonner. Les Chinois adorent chanter! Ce passe-temps national ne se confine d'ailleurs pas aux établissements de karaoké. En Chine, tout le monde est la prochaine “star en puissance” et n'hésite pas à chanter quel que soit le contexte, au mépris de toute habilité à trouver le ton adéquat. Le chaos est complet quand vous ajoutez à cela un rythme incessant de musique techno qui provient de larges enceintes, fixées au plafond du supermarché. Entourée par tout ce bruit, je me suis moi-même surprise à émettre le souhait de chantonner en pleine rue. Et pourquoi pas après tout? De toute manière avec le grondement de la circulation, personne ne m'entendrait.
La construction d'un véritable monde sonore
Il semblerait que je sois parvenue à assimiler ce nouveau contexte dans mon entourage... Je me souviens toutefois, à travers quelques incidents qui me reviennent en mémoire, à quel point une exposition permanente au bruit peut être épuisante nerveusement et en particulier quand on a affaire à des bruits soudains. La première leçon que j'ai apprise est que le silence nocturne n'existe pas en Chine, c'est même tout le contraire, le travail sur les chantiers de construction ne cesse pas la nuit malgré les interdictions. Comme vous pouvez le deviner, j'ai vraiment fait l'expérience de cette culture du travail nocturne lors de mon premier séjour en Chine, quand j'ai été réveillée à trois heures du matin par le bruit assourdissant de tuyaux en métal qui s'écrasaient au sol après une chute libre de vingt étages. Je ne sais toujours pas pourquoi il a fallu que ce soit fait à cette heure particulière, si ce n'est pour tourmenter ou ennuyer les résidents de l'immeuble. Durant mon second séjour en Chine, j'ai connu la désagréable sensation d'emménager à proximité d'un site de construction lorsque je me suis rendue compte que deux de mes voisins faisaient des rénovations dans leur appartement. Combien de matins j'ai été tirée du lit par un concert de marteaux et de perceuses qui attaquaient le mur à sept heures du matin – samedis et dimanches inclus, cela va de soi. Un matin, alors que j'avais été réveillée une fois de plus au doux son des masses, le vieux proverbe qui dit “si vous ne parvenez pas à les battre, rejoignez-les” m'est soudain revenu à l'esprit, j'ai frappé à leur porte pour donner un coup de main aux travailleurs.
Mais les êtres humains ont la capacité de s'adapter à leur environnement, même au contexte sonore chinois. Quand je suis revenue de Chine dans mon Nord silencieux, mes oreilles sifflaient devant ce silence dont j'avais perdu l'habitude. Quand je suis allée me balader dans des montagnes en Norvège, je me suis surprise à penser que le bruit de chutes d'eau avoisinantes provenait de la circulation. Un jour, une des mes amies finlandaises, qui a vécu de nombreuses années à Pékin, est venue me rendre visite en Finlande durant l'été et m'a dit avoir été réveillée par le moins plaisant des bruits. Encore à moitié endormie, elle ne savait pas exactement quelle était l'origine de ce bruit ennuyant, c'est alors qu'elle a réalisé que c'était le gazouillis des oiseaux qui chantaient.



