Le dragon s’éveille: La cinquième génération des metteurs en scène chinois, deuxième partie
L’industrie cinématographique chinoise a réellement débuté à la fin des années 80, en grande partie grâce aux efforts des pionniers de la cinquième génération de metteurs en scène. Ce groupe de jeunes diplômés de l’académie cinématographique en 1982 a révolutionné l’industrie chinoise du film en explorant de nouveaux thèmes et de nouveaux styles cinématographiques.
Les plus fameux metteurs en scène de cette génération dorée sont Zhang Yimou et Chen Kaige, qui connaissent un franc succès à travers le monde.
Bien que les films des metteurs en scène de cette cinquième génération soient nettement différents les uns des autres, ils ont tous commencé à réaliser des films sur le thème de la révolution culturelle et des problèmes qui gangrénaient la société chinoise à cette époque. Ces apprentis réalisateurs souhaitaient également que leurs films fassent la part belle à des éléments cinématographiques jamais vus auparavant et inspirés par les arts et la littérature traditionnels chinois. Les scénarii sont pourtant davantage influencés par l’Occident que par la Chine.
Une autre nouveauté également attribuée à cette cinquième génération de metteurs en scène est la façon, plutôt moderne, de représenter la femme. La défense du droit des femmes est un thème récurrent de leurs films et d’aucun y voient le symbole de la nation qui lutte contre ses oppresseurs. Au travers de cette utilisation de la symbolique, les réalisateurs ont ainsi contourné la censure et pu explorer librement le rôle des femmes dans la société. Au plus fort de la tension politique de la période post-Tian'anmen, les films de ce groupe de réalisateurs n’ont pas soulevé un grand intérêt et la plupart furent censurés. Aussi récemment qu’en 1996, ces réalisateurs n’étaient pas considérés comme suffisamment mâtures pour être conviés aux célébrations marquant le 90ème anniversaire du cinéma chinois.
Focalisés sur la Chine
Le début des années 90 devient l'âge doré de ces réalisateurs de la cinquième génération. Zhang Yimou continue à travailler sur sa trilogie avec pour thèmes principaux la détermination des femmes et les mariages forcés. Le premier film de la série est, “Le sorgho rouge”, mais le succès commence véritablement avec la sortie de “Épouses et concubines”, Da hongdenglong gaogao gua, en 1991. Le film consacre la bien-aimée Gong Li, qui représente la femme typique chinoise et qui a joué dans un certain nombre de films de différents réalisateurs de cette cinquième génération. “Épouses et concubines” relate l'histoire d'une jeune femme nommée Songlian, qui est la quatrième épouse d'un riche commerçant lors de la période troublée des seigneurs de guerre. Les épouses sont condamnées à vivre entre les quatre murs de cette cour et doivent constamment rivaliser entre-elles pour attirer l'attention de leur mari qui choisit, chaque nuit, l'une d'entre-elles pour partager sa couche. L'heureuse épouse se voit l'objet de toutes les attentions et reçoit une lanterne rouge pour éclairer sa chambre. Songlian n'en peut bientôt plus de vivre dans ces conditions où règnent les intrigues et commence à perdre la santé dans sa quête désespérée de justice. Ce film est un arrache-cœur mais la palette visuelle extrêmement riche en fait également un film captivant à regarder. Ce n'est donc pas une surprise d'avoir vu ce film primé par plusieurs festivals internationaux et d'avoir attiré l'attention du public occidental sur la nouvelle vague du cinéma chinois. Les autorités chinoises ont toutefois jugé que le film était trop critique envers la société socialiste et l'ont interdit en Chine continentale.
Le second film de la cinquième génération à avoir marqué les esprits est le chef-d'œuvre de Chen Kaige, “Adieu ma concubine”, Bàwáng Bié Jī sorti en 1993. Le film aborde la période tumultueuse allant de la guerre sino-japonaise jusqu’à la fin de la Révolution culturelle. L’intrigue se focalise sur deux acteurs d’Opéra de Pékin (Zhang Fengyi et le regretté Leslie Cheung), amis proches depuis l’enfance, et la relation qu’ils vont entretenir avec la femme venue s’interposer entre eux (Gong Li). Le nom du film, “Adieu ma concubine”, fait référence à la pièce que les deux acteurs interprètent pendant le long métrage. En raison de son contenu politique sensible, le film est interdit en Chine mais remporte néanmoins de nombreuses récompenses dans quelques uns des festivals les plus prestigieux au monde : Festival de Cannes 1993 (seule Palme d’or chinoise à ce jour), Golden Globe 1994 (meilleur film étranger)...
La commercialisation de l'art cinématographique
À la fin des années 90, la cinquième génération de réalisateurs chinois continue à produire des œuvres encensées par la critique et parviennent à trouver leur propre voie parmi les différentes tendances. Le film le plus populaire de Chen Kaige, “L'empereur et l'assassin”, Jīng Kē cì Qín Wáng, est un drame historique qui date de 1999. Ce genre de films a depuis connu une certaine recrudescence. Comme Zhang Yimou, il a réalisé deux films primés la même année (1999), “Pas un de moins”, Yī gè dōu bù néng shǎo, qui traite de la pauvreté dans les campagnes chinoises et “The Road Home”, Wǒde fùqīn mǔqīn, qui raconte l'histoire d'amour tragique entre un professeur et son étudiante dans la Chine des années 50. “The Road Home” a également marqué l'avènement de la super star en devenir du cinéma chinois, Zhang Ziyi.
Les liens entretenus entre les membres de la cinquième génération se sont peu à peu estompés, bien que nombre d'entre-eux continuent activement à réaliser des films. Durant ces dernières années, leurs films se sont montrés moins critiques à l'encontre de la société chinoise et Zhang Yimou, par exemple, est aujourd'hui davantage renommé pour ses spectacles de Kung Fu comme “Hero” ou “Le secret des poignards volants”, que pour ses précédentes œuvres, beaucoup plus provocantes. Cette pratique est bien entendu dictée par des impératifs commerciaux, bien plus que par les politiques gouvernementales de censure. Au fil des ans, la Chine a continuellement fait des coupe-rases dans les budgets des studios d'État, obligeant les réalisateurs à produire des films qui seront des valeurs sûres du box-office. Il existe également un phénomène de désaffection du public chinois par rapport à ces thèmes sociaux qui ne sont plus d'actualité dans l'histoire récente de la Chine. Cette tendance semble également valable en Occident où les jeunes cinéphiles privilégient les superproductions hollywoodiennes au détriment des films nationaux. Néanmoins, toutes ces transformations ont permis aux réalisateurs de la cinquième génération d'accéder à une reconnaissance méritée. Comme ce fût le cas de Zhang Yimou, sélectionné pour diriger les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux Olympiques de Pékin, en 2008.



