Le documentaire en Chine
Pour la 32e édition du Cinéma du réel, qui se tenait jusqu'au 30 mars, plusieurs films chinois étaient en lice. Nous en avons profité pour donner la parole à plusieurs spécialistes pour qu'ils nous expliquent la situation actuelle du documentaire chinois.
Selon Cheng Xiaoxing, réalisateur chinois en compétition avec "Ideal Match" -un court métrage sur les bourses au mariage organisées dans les parcs par des parents de célibataires chinois- le cinéma documentaire chinois est en période prospère car "les sujets à traiter ne manquent pas."
Seul problème, certains sont un peu trop sensibles, si bien que si "on trouve toujours des solutions pour filmer", la tâche devient ardue à l'heure de diffuser les œuvres...
Une des plus grandes spécialistes françaises du cinéma chinois, Marie-Claire Kuo, a accepté de nous livrer ses impressions sur le documentaire chinois :
Pour moi les documentaires chinois d'aujourd'hui tiennent parfaitement leur place dans le courant mondial du documentaire tant par leur contenu que par leur niveau artistique. Ils touchent de plus en plus de domaines et sont de mieux en mieux faits. Il faut ajouter que l'utilisation de la vidéo légère leur a donné plus de mobilité et de liberté, tout en réduisant les coûts de fabrication.
On l'a oublié mais les documentaires ont été officiellement libéralisés bien avant les films de fiction, vers le milieu des années 90, à cause sans doute de la soudaine prolifération des chaînes de télévision à travers tout le territoire chinois. Au début les documentaires étaient la plupart du temps réalisés par des cinéastes de la télévision, souvent formés sur le tas, mais aujourd'hui' hui il y a de plus en plus de documentaires de création qui sont souvent l'œuvre de cinéastes ayant reçu la solide formation de l'Institut de cinéma de Pékin.
Certains d'entre eux, tout en travaillent pour la télévision dont les productions sont assez formatées, réalisent parfois aussi des films qui sont moins "grand public" et si finalement ces films ne passent pas sur le petit écran, il leur reste la possibilité d'être montrés dans les circuits des universités, des clubs privés, sous forme de dvd et sur internet...
Il est certain que comme ailleurs l'intérêt des spectateurs pour les documentaires est plus grand qu'avant et même s'il y a une forte concurrence entre eux, les réalisateurs chinois ont aujourd'hui plus de possibilités de trouver des financements extérieurs au continent, que ce soit à Hong Kong, Taipei, Pusan... et parfois même en France comme on l'a vu récemment avec Les Plaignants de ZHAO Liang, produit par l'INA, présenté hors compétition au festival de Cannes 2009, et diffusé ensuite sur ARTE.
En fait il y a plusieurs années que les documentaires chinois profitent d'un engouement indéniable du public et des médias occidentaux, comme on a pu le constater lors de la sortie en France en 2003 de A l'Ouest des rails de Wang Bing non seulement montré dans de nombreux festivals mais également avec succès en salle avant d'être édité en dvd.
Si la longueur de cette saga a empêché sa diffusion à la télévision, il faut souligner que depuis quelques années on voit beaucoup de documentaires chinois sur les chaînes françaises, sans doute parce qu'il y a une grande curiosité du public à l'égard de la Chine qu' articles et livres n'arrivent pas à assouvir. Dernièrement, le FILMART qui s'est tenu du 22 au 25 mars 2010 à Hong Kong, a inauguré une collaboration avec «Sunny Side of the Docks » qui présentait un programme de trois jours intitulé « Asian Side of the Docks » dans le but de favoriser des programmes conjoints Chine/Europe. A suivre...
Marie-Claire Kuo
A voir
Le site officiel du Cinéma du réel
Historique du documentaire en Chine

