À la rencontre de Joe Wong

À la rencontre de Joe Wong

Joe Wong a entamé une carrière de comédien
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Imaginez un biologiste moléculaire qui se rend dans un club de comédie et monte sur scène...Cela ressemble à une blague, n'est-ce pas? C'est pourtant ce qui est arrivé à Joe Wong.

Joe est titulaire d'un doctorat en biologie moléculaire, travaille toujours dans une société pharmaceutique pour la recherche sur le cancer et est le comédien en vogue aux États-Unis qui fait des apparitions dans l'émission The Late Show animée par David Letterman et Ellen. En Mars, il fait la une du dîner de l'association de la Radio et des correspondants TV avec le président Barack Obama* dans l'audience.

Comment un scientifique, qui n'ont pas vraiment la réputation d'être des comédiens, a décidé de faire rire les gens? Pour Joe, la réalisation est arrivée sur le tard.

J'étais au lycée en Chine quand j'ai écrit deux sketches. J'ai pensé que l'un d'entre-eux était amusant. Je n'avais jamais pensé à devenir comédien avant d'arriver aux États-Unis”.

Joe est arrivé aux États-Unis en 1994 pour effectuer ses études universitaires. Après que la société dans laquelle il travaillait au Texas eût fermé ses portes, Joe a déménagé à Boston, la Mecque des one-man shows comiques.

Je ne savais même pas qu'il existait cette forme d'art des one-man shows avant d'arriver à Boston en 2001. J'ai découvert qu'il existait des clubs dans lesquels les gens montaient sur les planches et racontaient des blagues. Je suis allé voir quelques shows et je suis devenu ´accro`,” raconte Joe. Quelques mois plus tard, il monte lui même sur scène.

Joe a grandi dans la province du Jilin, au nord-est de la Chine et a découvert très jeune la comédie. “J'ai grandi dans les années 70 et 80, il existait peu de distractions. Nous n'avions pas la télévision alors j'écoutais beaucoup la radio. Le programme que j'appréciais le plus était xiangsheng, un talk-show”.

Le talk-show est ce qui ressemble le plus en Chine à ces one-man shows américains. L'animation revient en général à deux personnes, l'une qui initie les blagues et l'autre qui raconte les chutes.

Ce qui fonctionne aux États-Unis ne fonctionne pas forcément en Chine

Joe décrit sa forme de comédie comme intelligente et observatrice. “Je connais en Amérique beaucoup de comédiens issus des minorités ethniques et qui s'amusent de leurs racines. Les Asiatiques rient des Asiatiques, les Italiens rient des Italiens. Mon type de comédie est légèrement différent. J'observe davantage la culture américaine d'un point de vue d'immigré.

Son origine fait bien entendu partie de son numéro. “Les gens, ici, ne sont pas habitués à voir sur scène des comédiens asiatiques. Je dois parler de mon héritage culturel, autrement, les gens vont continuer à y penser. Il est bien d'en parler directement pour mettre les gens à l'aise. Quand je suis allé chez Letterman, la première chose que j'ai dite était: ´Je suis Irlandais`. J'ai ensuite pu plaisanter tranquillement avec mon passé ethnique. Les gens ont pu se détendre, oublier mon origine et rire de mes blagues.

Comme Joe l'a découvert rapidement, les blagues plébiscitées par les Américains ne sont pas forcément du goût des Chinois.

Je suis allé à Pékin en 2008, qui est l'endroit de Chine où ont lieu tous les one-man shows. J'ai fait un spectacle dans un des théâtres de la ville, un samedi après-midi. J'ai basiquement traduit toutes mes blagues de l'Anglais vers le Chinois. Je n'ai observé de réactions positives que sur deux d'entre-eux. Mes blagues n'étaient pas adaptées au contexte culturel.

Une des raisons est certainement la différence d'humour entre les Américains et les Chinois. Selon Joe, en Chine, l'humour a davantage de traditions. Une blague datant d'une centaine d'années sera appréciée par l'audience. Aux États-Unis, les blagues doivent être nouvelles et le répertoire mis à jour très souvent. Il existe également plus de sarcasmes dans l'humour américain. De plus, l'audience a des attentes différentes.

Aux États-Unis, on attend d'un one-man show que le rythme soit très élevé; ils veulent rire toutes les 10 secondes. En Chine, on peut prendre plus de temps pour installer la blague et dévoiler la chute. L'audience n'est pas pressée. Ils boivent du thé et mangent des cacahouètes en écoutant les blagues.

Une lutte permanente

Joe a également laissé son empreinte en Chine. On l'a vu sur des programmes de CCTV, entendu à la radio, vu dans les journaux et magazines. Ses parents, qui vivent toujours en Chine et qui ne sont jamais allés aux États-Unis, n'ont pas remarqué le combat permanent que livre leurs fils en dehors de la scène.

Cela fait huit ans et énormément de travail, en particulier parce que les one-man shows ne sont plus aussi populaires que dans les années 80. C'est le travail de la passion, je n'ai pas gagné d'argent pendant des années et des années. De nombreuses fois, j'ai du déplacer mon propre public et comme je ne connaissais pas beaucoup de monde, j'ai dû aborder les gens dans la rue, en plein hiver, et les convaincre de venir voir le show. Mes débuts ont été très difficiles.

Joe développe actuellement avec d'autres comédiens, une série TV qui met l'accent sur la vie des Américains-Asiatiques. “Si vous regardez toutes les émissions de télévision en Amérique, il n'y en a pas une seule qui traite entièrement de la vie des Asiatiques aux États-Unis. Au milieu des années 90, il y'avait un sitcom de Margaret Cho, mais c'était un direct très court.

Qu'il réalise, ou non, Joe continuera probablement à faire rire les gens. “J'adore l'humour, tout simplement. C'est la manière dont je vois la vie. Vous savez, dans ce monde, nous avons eu, à la fois, Hitler qui a tué des millions de gens et Mère Teresa, une grande humanitaire. À la fin, ils sont tous les deux morts. Pour moi, c'est cela la plus grande plaisanterie. La vie de tous les jours est sujette à plaisanterie, c'est comme cela que je vois le monde.

*Le président Obama a annulé sa présence à l'événement, il était représenté par le vice-président américain, Joe Biden.

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