La minorité mongole en Chine

La minorité mongole en Chine

Une jeune Mongole
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Parmi les nombreuses minorités nationales que compte la Chine, les Mongols sont l'une des plus atypiques. De culture traditionnelle nomade, ce peuple a été fortement sinisé au cours des dernières décennies, mais conserve un profond sentiment identitaire.

Aujourd'hui, il y a environ six millions de Mongols en République populaire de Chine, soit le double de la population de la Mongolie indépendante. 70% des Mongols de Chine sont dans la Région autonome de Mongolie intérieure, plus de 11% dans la province voisine du Liaoning, d'autres petites groupes étant présents sur le reste du territoire chinois.

Au sein même de leur région d'origine, la Mongolie intérieure, les populations sont devenues minoritaires après 1949 et la prise de pouvoir des Communistes. Ils représentent aujourd'hui seulement 17% de la population de la région autonome, et sont uniformément réparties : ils peuvent être majoritaires dans les zones rurales mais pas dans les centres urbains, dominés par les Hans. Ils vivent d'ailleurs bien souvent isolés de cette communauté largement majoritaire en Chine.

Pour beaucoup de spécialistes, les Mongols ne sont pas des Chinois mais de simples citoyens de la République populaire. Sur leur carte d'identité est d'ailleurs mentionné leur "nationalité", à savoir "mengzu" (mongol).

A noter : la traduction en Mongol de Mongolie intérieure devrait être "Dotood Monggol", mais le peuple mongol préfère "Obür Monggol", qui signifie "Mongolie du sud". Cette distinction s'explique par le côté "sinocentriques" des termes "intérieur" et "extérieur", adoptés sous la dynastie mandchoue des Qing.

La relation entre les Mongols et la Chine

Les vastes espaces de la Mongolie expliquent l'importance du cheval dans la vie des Mongols
Les vastes espaces de la Mongolie expliquent l'importance du cheval dans la vie des Mongols (Source: Radio86)

Le mot mongol apparaît pour les premières fois au VIIe siècle dans les archives chinoises. Si à l'origine, les peuples mongols sont moins puissants que l'immense empire chinois, c'est bien eux qui ont le premier rapport de force en leur faveur...

A la fin du XIIe siècle, Temujin, alias Gengis Khan, unifie les tribus mongoles, puis son petit-fils, Kubilai Khan, achève la conquête de la Chine par l'empire mongol à la fin du XIIIe : il fonde en 1271 la dynastie Yuan, qui renverse les Song du sud et domine la Chine.

Il s'agit de la première dynastie non-Han à dominer la totalité de l'empire chinois, d'où une mauvaise image auprès du peuple et des intellectuels chinois. Malgré sa domination, la dynastie mongole n'impose pas sa culture nomade et orale à la Chine, mais décide plutôt de s'imprégner de la culture de cette dernière.

Après la mort de Kubilai Khan en 1294, les peuples chinois vont s'opposer à la domination mongole. A la chute de la dynastie Yuan en 1368, remplacée par une dynastie purement Han, les Ming, le peuple mongol se scinde en deux : Mongols occidentaux soumis aux Ming et Mongols orientaux se voulant héritiers de Gengis Khan, donc indépendants.

La sinisation du territoire de Mongolie intérieure remonte à la dynastie Qing (1644-1911), seconde grande dynastie étrangère de l'histoire de la Chine. La Mongolie intérieure se compose alors des territoires des princes mongols ayant fait allégeance ou ayant été soumis par la force à la dynastie mandchoue.

A la fin du XIXe, le pouvoir mandchou promet des terres au nord de la Chine pour les paysans Hans. S'ensuit l'ouverture de bureaux de colonisations et la première intégration massive de Hans en Mongolie intérieure.

Entre la fin de l'empire chinois (1911) et l'après seconde guerre mondiale, la région de Mongolie intérieure vit une période trouble d'opposition entre les différentes ethnies mongoles et de rivalités entre les puissances environnantes (Russie, Japon, Chine).

Si, avec le soutien des Russes, est fondée en 1921 la Mongolie indépendante, la Mongolie intérieure telle qu'on la connaît aujourd'hui est établie en 1947, devenant la première région autonome de la future République populaire communiste chinoise. Sa naissance est principalement l'œuvre de Mongols sinisés s'étant ralliés aux forces communistes chinoises.

A l'origine, les Hans avaient promis aux Mongols de les laisser garder leur langue et leur culture. A partir de 1949, la région passe néanmoins au rouleau compresseur communiste : changement du système politique et religieux, réorganisation des terres, imposition du chinois mandarin jusqu'à 1973...

Une majorité de Mongols va d'ailleurs se sédentariser au fur et à mesure des années communistes entre 1950 et 1960, sous la pression imposée par le "Bond en avant" et la "Révolution culturelle".

L'intégration culturelle dans la Chine communiste

La lutte, un aspect mondialement connue de la culture mongole
La lutte, un aspect mondialement connue de la culture mongole (Source: CNS)

Le peuple mongol a incontestablement une culture et un mode de vie atypique : de tradition nomade, la culture mongole comporte un élément central, le cheval. Il se dit souvent qu'un Mongol sans cheval est un Mongol mort, en référence au besoin de grands espaces de ce peuple.

L'équitation fait d'ailleurs partie d'une sainte trinité qu'on appelle "les trois talents virils" avec la lutte, un aspect très populaire de la culture mongole, et le tir à l'arc.

Malheureusement, pourrait-on dire, le mode de vie mongol n'a pas résisté à l'emprise politique et démographique de la République populaire de Chine. Les populations hans sont désormais majoritaires dans la région autonome de Mongolie intérieure, et la plupart des Mongols ont abandonné le mode de vie nomade, voire également leur langue d'origine.

Malgré tout, les médias sinophones se font l'écho d'une promotion de la culture mongole : certains observateurs parlent de processus de "folklorisation" de la culture des minorités, ce qui est donc vrai également pour les Tibétains, Ouïghoures ou autres peuples. Le but est de mettre en valeur tous les aspects culturels afin de valoriser la minorité et de favoriser le tourisme, mais tous les éléments identitaires qui pourraient être assimilés à du nationalisme anti-chinois sont filtrés et éliminés.

La langue mongole

Le Mongol appartient à une famille de langages du même nom, elle-même rattachée à la famille des langues altaïques, apparentées au turc. Le Mongol est à l'origine une langue purement orale, mais au XIIIe siècle, un alphabet propre -lu de haut en bas et commençant par la gauche- a été créé en s'inspirant des écritures ouïghoure et tibétaine. Le but était simple : favoriser l'unification des peuples mongols.

Aujourd'hui, la langue mongole est en partie gardée, surtout dans les anciennes générations. Dans les faits, si les signalisations en Mongolie intérieure utilisent deux écritures, mongole et chinoise, les principales administrations et les écoles utilisent le Chinois mandarin. Le Mongol n'a plus aucune fonction officielle ni pratique, si ce n'est de permettre aux autochtones de communiquer entre eux.

En 1957, la langue chinoise avait été proclamée la seule utilisable dans les écoles primaires de toute la République populaire, puis pendant la Révolution culturelle (1966-1976), la langue mongole fut même bannie, les enfants mongols étant contraint de se former à l'éducation han.

Ce n'est qu'en 1973 que le pouvoir communiste s'est ravisé et a de nouveau autorisé l'usage de la langue et de l'écriture mongole. Mais si aujourd'hui il est possible d'avoir une éducation en langue mongole, la plupart des familles se tournent vers une pure éducation chinoise car cette dernière est la seule à offrir des perspectives professionnelles.

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