"I love dollars" de Zhu Wen, le côté obscur de la Chine profonde
Début janvier, les éditions Albin Michel ont sorti la première édition en français du recueil de nouvelles de Zhu Wen "I Love dollars et autres nouvelles de la Chine profonde", traduit par Catherine Charmant.
Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Zhu Wen est non seulement écrivain mais aussi poète et scénariste pour le cinéma. Né en 1967 dans la province orientale du Fujian, il s'est même essayé à la réalisation avec deux films : la production indépendante "Seafood" (2001), qui raconte une histoire d'amitié entre un policier et une prostituée (prix spécial du Jury à la Mostra de Venise), puis "South of the Cloud" (2003), plus commercial et politiquement correct, mais pas moins honoré par la critique, notamment au Festival du Film de Berlin.
Ingénieur de formation, Zhu Wen s'est consacré exclusivement à l'écriture à partir de 1994, avec la sortie cette année-là de sa première nouvelle, "I love dollars".
L'histoire est racontée à la première personne par le personnage central, un écrivain des années 90 dont les deux principaux centres d'intérêts sont le sexe et l'argent, le second étant la clé pour accéder au premier...
Le récit commence quand le père de l'artiste débarque par (mauvaise) surprise chez son fils. Commence alors pour eux une journée de pérégrinations dans la ville de province où ils se trouvent. On se rend compte que malgré leur affection réciproque, les deux hommes ne partagent pas les mêmes valeurs, peinent à se comprendre et à apprécier pleinement leur réunion...
Les cinq autres histoires du recueil sont dans la même veine : des atmosphères sombres, avec un narrateur cynique et sans idéaux, une vision négative de la Chine des années 90 où la majorité des gens sont égoïstes, hypocrites, focalisés sur l'argent ou alors incompris...
Ce livre, qui se veut un témoignage réaliste de la vie en Chine post-Tian Anmen, ravira les amateurs d'humour noir et de réflexions métaphysiques... Il faudra néanmoins l'aborder avec recul, car la vision de l'auteur est extrême, et se focalise sur les côtés sombres de la Chine profonde. Presque à en oublier les parts non négligeables de lumière...

