Histoire : la seconde guerre sino-japonaise

Histoire : la seconde guerre sino-japonaise

Des soldats de l'armée japonaise gagnant du terrain dans Shanghai en 1937
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De 1937 à 1945, en marge de la Seconde guerre mondiale, la Chine et le Japon se sont affrontés dans un conflit aussi terrible que déséquilibré. Ce n'est qu'avec l'aide des Alliés, et l'entrée en guerre américaine, que la Chine est ressortie dans le camp des vainqueurs après huit années de cauchemar.

Les origines du conflit : l'incident du Pont Marco Polo

Couramment, on considère que la seconde guerre sino-japonaise a débuté le 7 juillet 1937 -donc avant l'entrée en guerre officielle des deux pays- avec "L'incident du Pont du Marco Polo", aussi appelé Pont de Lugou.

C'est près de ce lieu, à 16 km à l'ouest de Pékin, que les armées japonaises s'entraînaient en vertu des accords signés après la révolte des Boxers (1900). Les Japonais ont alors accusé les habitants locaux d'avoir enlevé l'un de leur soldat, qui serait en fait réapparu peu de temps après l'incident.

Le ton serait monté entre les deux armées lorsque la partie chinoise a refusé de laisser l'armée japonaise fouiller les maisons des civils afin de rechercher le soldat nippon. En réponse à la résistance chinoise, l'armée japonais a appelé des renforts et entamé la prise de Pékin, effective le 7 août 1937.

A l'origine du conflit, on retrouve donc un incident mineur, comme de nombreux se produisent dans le monde. Celui-ci semble n'avoir finalement été qu'une goutte d'eau faisant déborder un vase plein, la dernière étape d'une escalade, voire un simple prétexte pour justifier une invasion.

Quoi qu'il en soit, avant même cet incident et le début du conflit, le Japon était perçu comme une menace et l'ennemi de la Chine, car il avait pris la succession des puissances impérialistes occidentales sur le sol chinois depuis plusieurs décennies, avec la création notamment d'un état fantoche au nord-est de la Chine, le Mandchoukuo...

Un rapport de force déséquilibré

Au prélude de la seconde guerre sino-japonais, c'est peu dire que l'équilibre des forces entre les armées japonaises et chinoises est inexistant. Si on s'en tient aux effectifs respectifs, l'armée chinoise disposait de beaucoup plus d'hommes, mais dans les faits, elle n'était pas prête à soutenir un effort de guerre face à son rival japonais.

Car ce dernier disposait sans conteste d'une armée beaucoup plus moderne et mieux équipée, résultat des orientations du début de l'ère Meiji (1868), qui ont vu le Japon prendre exemple sur l'Occident et se lancer dans la course à la modernisation et au développement économique.

Mais malgré cette inégalité de moyens techniques et les victoires initiales du Japon, le conflit allait durer huit années, marquées par quelques épisodes traumatisants pour les Chinois, comme le massacre de Nankin (Nanjing) en 1937.

Le massacre de Nankin, une blessure profonde

D'août à novembre 1937, Tchang Kai Chek et ses armées avaient cherché à résister tant bien que mal aux assauts japonais. La moitié des troupes d'élite du leader nationaliste chinois ont alors été décimées, et au moment de la chute de Shanghai en novembre, les armées japonaises ont foncé sur Nankin (Nanjing), pour faire la chasse aux soldats chinois.

Sur place, un véritable massacre a commencé le 13 décembre, date de l'abandon de la ville par les armées du Guomingdang et la fin de la bataille de Nankin. Les civils n'ont en aucun été épargnés même si l'objectif initial était de traquer les militaires chinois. Les Japonais ont alors commis les pires atrocités de la seconde guerre sino-japonaise, ne faisant jamais de prisonniers, massacrant les hommes et violant certaines femmes jusqu'à janvier 1938.

La légende s'est largement emparée de cet épisode aujourd'hui, alors qu'il est pratiquement impossible de déterminer avec exactitude le nombre de morts : les estimations oscillent entre un minimum de 100 000 et un maximum de 300 000.

Nankin disposant alors d'une zone internationale, de nombreux Occidentaux ont été témoins des atrocités, parmi lesquels l'Allemand John Rabe, membre du Parti nazi et l'un des rares étrangers à pouvoir rester dans la ville après le 15 décembre. Il est aujourd'hui considéré comme un héros par nombre de Chinois car il a à l'époque utilisé au maximum de son influence pour protéger les civils et prévenir la communauté internationale sur le massacre de Nankin.

Plus de 70 ans après le massacre, parfois nommé "Viol de Nankin", ce funèbre épisode de la guerre continue de marquer l'imaginaire chinois et de perturber les relations sino-japonaises. De nombreux films, le dernier étant "Nanjing ! Nanjing ! City of life and death" du jeune Lu Chuan, ont traité du sujet. Les Chinois sont encore loin d'avoir pardonné les atrocités commises à l'époque et vouent un fort ressentiment, si ce n'est de la haine, vis-à-vis du Japon pour cela.

Le soutien de l'Occident ?

Jusqu'à l'attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, la Chine est restée seule face au Japon. L'entrée en guerre américaine après l'attaque de sa base militaire hawaïenne a mis fin à quatre années de lutte isolée de l'armée chinoise, sans solution face à une ennemi trop fort pour elle.

A cette époque, Chang Kai-chek s'était réfugié avec ses troupes à Chongqing, qui contrairement à aujourd'hui était peu développée et coupée de la modernité. Alors que le lieu devenait un centre d'implantation pour les armées alliées, les Chinois comprenaient que le vent allait tourner, et que la guerre allait se terminer à leur avantage.

Les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki par l'armée américaine ont alors définitivement mis à terre le Japon, et placé la Chine dans le camp des vainqueurs en 1945. Tchang Kai-chek, leader des armées nationalistes chinoises, en ressortit avec un grand prestige, mais son régime était ébranlé.

Ce qui laissait présager qu'après la fin de la guerre, un nouvel épisode se tramait avec un retour de la rivalité entre Nationalistes et Communistes, mise provisoirement de côté pour lutter contre l'ennemi commun japonais.

N'oubliez pas de réécouter l'interview de l'historien Lucien Bianco dans Chine Hebdo en cliquant sur le lien en haut à droite de cet article