La Chine sur le point de devenir une puissance sportive
Lors de la soirée du 16 octobre, Jacques Rogge, président du Comité international olympique a fait son apparition à Jinan, capitale de la province du Shandong. C'est sa troisième présence consécutive lors d'une cérémonie d'ouverture des Jeux nationaux de Chine depuis son élection à la tête du CIO en 2001 à Moscou.
Selon certains commentaires, cet événement témoigne de l'influence croissante du sport chinois dans le monde.
En effet, en 2004 à Athènes, la délégation chinoise qui a remporté 32 médailles d'or se classait au deuxième rang du palmarès des médailles d'or, juste derrière les États-Unis qui en ont décroché 35. En 2008 à Pékin, la Chine, hôte des JO, a enfin occupé la première place du palmarès des médailles d'or en remportant 51 titres. Grâce à ces excellents résultats, les Chinois sont convaincus que leur pays est en voie de devenir une véritable puissance sportive.
« En décrochant ces médailles d'or, la Chine est-elle devenue une véritable puissance sportive ? » C'est la question que s'est posée il y a cinq ans Yuan Weimin, ancien directeur de l'Administration générale de la culture physique et du sport de Chine. Récemment, ce sélectionneur et haut fonctionnaire à la retraite a évoqué, dans son nouveau livre, les trois critères que doit posséder une puissance sportive : de bons résultats sportifs, une grande population sportive et une forte puissance de l'industrie sportive.
« Le système national sportif »
Malgré des controverses, le système national sportif placé sous la tutelle de l'État est considéré par bon nombre de spécialistes comme l'un des principaux facteurs permettant à la Chine de devenir une puissance sportive.
Selon Liu Peng, directeur actuel de l'Administration générale de la culture physique et du Sport et président du Comité olympique chinois, la prépondérance étatique est une garantie pour les bons résultats obtenus dans toutes les épreuves sportives internationales. Ce qu'on appelle la tutelle de l'État - ce à quoi le gouvernement attache une grande importance - rassemble toutes les ressources humaines, financières et matérielles, permettant de mobiliser les enthousiasmes de toutes les parties et de réajuster efficacement les ressources sportives nationales. « La Chine est un pays en voie de développement dont les niveaux sportifs de généralisation et d'industrialisation sont bas. Afin d'élever la compétitivité nationale dans le cadre des épreuves internationales, il nous faut réunir les forces limitées et préparer plus efficacement les entraînements et les matchs ».
Le système national sportif se présente sous forme pyramidale. En effet, les administrations du sport régionales sélectionnent les jeunes sportifs compétents et prometteurs sur place et les envoient dans une école sportive professionnelle où ils reçoivent une formation fermée ou semi-fermée. Après une concurrence accrue, les meilleurs d'entre eux entrent dans les équipe provinciales, voire nationales. Tous les frais d'entraînement, d'hébergement, ou bien de nourriture sont financés par l'État.
« J'ai été sélectionnée dans l'école sportive à l'âge de cinq ans. Dès lors, je n'ai jamais dépensé d'argent pour acheter des raquettes ou des chaussures de tennis », a précisé Zhang Yining, championne mondiale de ping-pong qui a remporté respectivement deux médailles d'or à Athènes et à Pékin. « La seule chose que je devais faire c'était de me consacrer uniquement au ping-pong », a-t-elle ajouté.
Dans ce système, toutes les garanties, telles que la technologie et la recherche scientifique, sont complètes. En janvier 1956, l'Institut des sciences physiques fut initialement fondé en Chine qui, à cette époque, était encore un pays pauvre. « Les bons résultats sont principalement dus aux joueurs et aux entraîneurs. Néanmoins, le soutien et la garantie des technologies sont également très importants », a précisé Jiang Zhixue, directeur du département des sciences et de l'éducation de l'Administration nationale de la culture physique et du sport.
Le 16 novembre 1981, l'équipe nationale féminine de volley-ball a remporté son premier titre mondial, ce qui a étonné tous les Chinois. « Selon moi, la tutelle de l'État est, à l'heure actuelle, le meilleur choix », a déclaré Chen Zhonghe, ancien sélectionneur de l'équipe féminine de volley-ball (Champion des JO d'Athènes) et actuel directeur adjoint de l'Administration de la culture physique et du sport de la province du Zhejiang. « "Le meilleur" est à mettre entre guillemets, car nous devons tenir compte de l'état réel de la Chine », a toutefois précisé M. Chen. Actuellement, le sport de compétition se développe lentement dans les universités et les organisations non gouvernementales. On est obligé d'entraîner les sportifs compétents dans des écoles spécialisées en sport.
« Le système national sportif demeure l'un des principaux facteurs de bons résultats. Cependant, la Chine est en train d'exploiter une autre voie en adéquation au développement du marché », a révélé Wang Tao, directeur du département II du Centre d'administration des sports de balles et de ballons.
Le 6 avril 2005, Ding Junhui, champion chinois de snooker a détrôné le roi du snooker, Stephen Hendry, en remportant le titre du premier Open de snooker de Chine. Le succès de Ding a suscité une polémique parmi les Chinois sur le mode de formation des sportifs. Ding Junhui n'est pas un joueur issu du système national sportif, car il a été formé par ses parents et n'a pas été financé par l'État. Ce type de formation, qui est très répandu à l'étranger, est considéré par certains comme un enjeu. Néanmoins, la plupart de la population considère qu'il s'agit d'une nouvelle voie en matière de formation des sportifs, notamment pour les disciplines qui ne sont pas inscrites sur la liste des JO.
Selon Wang Tao, le type de formation qu'a reçu Ding Junhui a certainement du bon, sinon il ne fallait pas surgir bon nombre de jeunes joueurs de snooker chinois. « Le problème c'est que la plupart des familles ne sont pas aussi riches que celle de Ding. Le système national sportif donne leur chance aux jeunes sportifs issus de milieux défavorisés ».
La démocratisation du sport
« Le nombre de médailles d'or olympiques n'est pas le seul indicateur de la transformation d'un grand pays sportif en puissance sportive. La condition physique de la population et le niveau de démocratisation du sport sont tout aussi importants », a précisé Liu Peng.
Le gouvernement s'est, d'une part, efforcé d'améliorer les résultats des sportifs, et s'est consacré, d'autre part, au développement de la démocratisation du sport. Actuellement, la Chine compte 850 000 stades de divers types sur l'ensemble de son territoire, ce qui équivaut à 1,03 m2 de superficie de terrain par personne.
Depuis 2000, le gouvernement effectue, tous les cinq ans, un contrôle de la condition physique de sa population. De plus, le gouvernement a ratifié le critère d'exercice physique.
Au début de l'année 2009, le gouvernement chinois a décidé que chaque année serait célébrée, le 8 août (jour de la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin), la « Journée du sport », afin d'encourager la population à prendre part aux exercices physiques. Depuis le 1er octobre, les « Règlements sur les exercices physiques », premiers règlements administratifs portant sur le développement de la pratique physique en Chine, sont entrés en vigueur. Ils stipulent les droits des citoyens en termes de participation aux exercices physiques et les responsabilités du gouvernement en ce qui concerne le développement de la démocratisation sportive.
L'industrie sportive
Cet été, une nouvelle a étonné les fans de basket-ball : Yao Ming, célèbre joueur de basket-ball chinois qui évolue aux Houston Rockets au poste de pivot, a acheté les titres d'action de l'équipe de Shanghai. Yao est ainsi devenu le patron de son ancienne équipe.
Suite au développement tous azimuts du sport et à l'augmentation du dynamisme et du pouvoir d'achat de la population, davantage de « Yao Ming » ont confiance en l'avenir de l'industrie sportive de Chine.
« Les compétitions et l'exercice physique constituent les deux éléments essentiels de l'industrie sportive », a déclaré He Wenyi, vice-directeur du centre de recherche de l'industrie sportive de l'Université des Sports de Chine. Ces deux facteurs encouragent le développement des domaines concernés tels que l'industrie tertiaire, les communications, le service logistique, le tourisme, les médias, l'information, les télécommunications ou bien encore la finance.
En Chine, le concept de « l'industrie sportive » qui a été lancé à la fin des années 1980 est largement inférieur à celui des pays développés. La valeur de production de l'industrie sportive aux États-Unis s'élève à 1 000 milliards de dollars, représentant 7 % du PIB. Cependant, cette proportion n'est que 0,7 % en Chine, soit plus de 300 milliards de yuans. Selon certains experts, ce chiffre présage également le vaste espace et la grande opportunité commerciale de l'industrie sportive chinoise.
Rédigé par Tang Yuankai

